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 I don't like it like this ~ [Aki]

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Shinya

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MessageSujet: I don't like it like this ~ [Aki]   Lun 27 Juin - 22:48

Il faisait froid, Shinya ne pouvant pas trouver son drap se blottit contre le corps près du sien dans l’espérance de se réchauffer les côtes et arrêter les frissons qui lui parcouraient le dos. Une main glissa doucement sur les muscles bien sculptés de son amant et il nicha sa tête dans son cou tout en essayant de ne pas le réveiller. Ou peut être si. Ou peut être pas au final, il n’avait jamais aimé les face à face du petit matin. Il se dégagea de l’emprise ou il s’est fourré volontiers et pria tout les dieux qu’il connaissait de faire à ce que Aki ne se réveille pas de suite, vœu qu’il cru refusé lorsque son compagnon émit un grognement plaintif et pas vraiment heureux.

Shinya sortit rapidement du lit et rangea ses vêtements éparpillés partout sur le sol, il se changea hâtivement et sortit de la chambre sur la pointe des pieds tout en prenant soin de fermer la porte le plus doucement possible. Une étrange peur l’animait, une peur du présent et de l’avenir, une peur de sortir et de ne pas le trouver à son retour, une peur de se retrouver seul à nouveau et une plus grande peur d’échouer et de le regretter. D’ailleurs c’était bien cela le problème, non qu’il était éperdument amoureux mais il craignait incroyablement de l’être. C’était comme l’effet d’être vigoureusement enlacé un instant pour se retrouver sévèrement rejeté ou abandonné l’instant d’après, cela ne résultait qu’un hostile froid au dos et une longue fissure dans le cœur. Shinya se dirigea vers la cuisine, qui n’était pas trop loin vu la grandeur de son appartement, prit la cafetière pour la remplir d’eau puis ouvrit mollement un placard et prit le café pour le verser dans cette première.

Plusieurs questions faisaient la queue dans sa tête : Qui était –il ? À part de s’appeler Aki, qu’était-il vraiment ? Shinya s’adossa à la fenêtre et s’alluma une cigarette en regardant le non-paysage qu’il avait devant lui. Où vivait-il ? Que faisait-il ? L’aimait-il vraiment ? Ne serait-il pas fiancé ? Ou du moins en couple avec quelqu’un d’autre ? Un joueur qui sait ? Une brute surement. Il aurait bien voulu lui demander tout cela, cependant la nature de leur relation ne le permettait pas vraiment, Shinya n’était pas quelqu’un qu’on pourrait qualifier de bavard et Aki n’était pas de grande aide. Après leur nuit assez dramatique, Aki était revenu une ou deux fois chez lui, n’engageant la conversation que trop rarement. Il se limitait à le regarder et à lancer quelques paroles insensés par ci par là, comme si de rien n’était. Il couchait ensemble et le matin suivant Aki partait avant qu’il ne se réveille. Et à chaque matin, Shinya se sentait abandonné, rejeté comme une vielle chaussette, car au final Aki n’avait rien de différent de ses clients, il venait lorsqu’il avait besoin de lui et partait lorsqu’il s’en lassait, lui répétait qu’il était beau et lançait des ambigüités sur l’amour. Rien qui vaut la peine d’être mentionné.

De temps en temps, Shinya se réveillait en plein nuit avec la folle envie de l’étrangler pendant son sommeil, de ne plus l’entendre respirer près de lui ni sentir la chaleur de son corps si réconfortante. Pourtant, à chaque matin qu’il se réveillait seul son cœur se brisait en mille morceaux de revenir une autre fois à l’antre de sa solitude. La peur qui lui rongeait l’intérieur de trop s’accrocher à lui prouvait de plus en plus sa raison et le risque de sa dépendance était de plus en plus menaçant.
Il éteignit sa clope et jeta le mégot par la fenêtre puis alla se verser une tasse de café et s’assit seul à la table. Une de ses plus grandes craintes était entrain de se réaliser, celle d’être abandonné de nouveau, et il pouvait sentir le coup venir en silence. C’était bien pour cela qu’il n’avait pas dormit la nuit dernière, pour se réveiller plus tôt, avant lui, pour ne pas sentir le froid du lit lorsqu’il se réveillera tout seul. Aujourd’hui il avait décidé de briser le rituel, de se rebeller.

Shinya prit son sac pour y ranger ses affaires, aujourd’hui il avait apparemment d’importantes armes à délivrer selon les dires de son boss et il ne fallait pas être retard. Il se dirigea vers la porte et entreprit de l’ouvrir lorsqu’ une voix autoritaire l’arrêta

-Attends

Finalement, il lui fallait peut être une rectification : la voix semblait plus suppliante qu’autoritaire.

Shinya se retourna pour répondre en prenant soin de bien détacher chaque mot

-Oui ? Qu’y a-t-il ?
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Mar 28 Juin - 23:45

C’était la troisième fois. La troisième fois qu’il revenait, qu’il rabaissait la garde, qu’il dépassait les bornes. C’était la troisième fois qu’il cédait à la tentation, que sa volonté prouvait sa faiblesse et que sa tactique s’avérait foireuse. Il avait essayé, pourtant, ni une, ni deux fois, de claquer la porte avec l’envie de ne jamais y retourner. Mais il échouait, il ne tenait jamais sa parole, il ne pouvait braver ce sentiment, tel un aimant il l’attirait vers la faille. Il se débattait alors qu’il aurait pu s’avouer sa tare et trouver un remède plus efficace, une sorte de cure de désintoxication.

Mais il ne voulait pas.
Au fond de lui, il aimait ça, d’ailleurs, c’était cet amour de la chose qui le poussait jusqu’à cette terre interdite, qui lui donnait force et envie de frapper à cette porte, un nœud à l’estomac, un cœur prêt à franchir l’obstacle de la chair pour se laisser offrir à cet être qu’un simple morceau de bois tenait à distance. Si ce n’était qu’un simple morceau de bois, Aki était prêt à user de sa force afin de supprimer chaque obstacle l’empêchant d’atteindre son exutoire. Cependant, nul élément physique ne le gênait dans la quête, bien au contraire, la voie de la était grande ouverte. Le seul parasite qui le tenait par les jupons n’était autre que lui-même.

Il n’arrivait toujours pas à avaler sa bêtise. Il ne s’avouait toujours pas cette petite bassesse que ses penchants incontrôlables avaient engendrée. Il s’entêtait à croire que cet entichement n’étant que passager, provenait d’une attirance purement physique, rien de moins, ni de plus.

Mais voila qu’il revenait, toujours inlassable, toujours assoiffé, avec ce même désir farouche de le revoir, de revivre la satisfaction de son plaisir, de se sentir de nouveau comme un morfal, de l’étreindre, de s’oublier. Il se comportait comme un fugitif, se faufilant dans la pénombre, disparaissant avant l’aube, refusant de faire face, se tenant toujours à l’écart. Cet attitude lui était un échappatoire de la vérité, il gardait les futilité qui faisaient de sa vie une vie pour lui-même et ne déliait pas sa langue, d’ailleurs, pourquoi répondrait-il à des question qui ne lui ont jamais été posées ?

Il y avait une défectuosité quelque part, une malformation génétique qui s’était faite lors de l’accumulation de l’information atomique qui se cachait encore sous un pseudo voile transparent et qui faisait de son amour une anomalie.

Aki se tenait, nu comme un Adam, à la porte de la chambre. Face à lui, Shinya était armé d’un sac à dos gros comme une pastèque et s’apprêtait à quitter les lieux. Il était dans les vapes quand il sentit que son amant bougeait dans le lit, puis se levait et s’habillait. Il se battait contre ses paupières lourdes de sommeil, il n’avait pas dormi durant cette semaine, faisant toujours le guet, s’imaginant espionner son trésor, suivre chacun de ses mouvement, le surprenant en plein délit, en pleine exploration buccale avec une saleté de junkie, fracasser le crâne de celui-ci…

Aujourd’hui, il avait failli à son habitude de prendre la poudre d’escampette à potron-minet, il avait succombé à la chaleur des draps, au confort de la situation. Cette chaleur qui émanait du corps de son Junkie le rendait fou, aussi passait-il le reste de la nuit à humer sa fragrance jusqu’à s’en rendre accro.

Il suivait des yeux les mouvements de Shinya qui se dirigeait vers la porte. Alerté, il l’interpella. Celui-ci se retourna, son regard froid le dévisagea. Muet, comme toujours, il ne faisait qu’attendre, il prenait toujours le rôle passif, de celui qui se laissait aller, que rien ne touchait, que tout lui était égal. Il n’ouvrait jamais el bal, ne lui demandait jamais de faveur, ne faisait même pas attention à s’il se trouvait toujours là ou pas.

Fuck.

- Tu vas ou avec cette cargaison ?
Aki se dandina jusqu’à lui, puis toucha cet imposant sac à dos, plus intrigué quant à la nature de ce voyage matinal qu’effrayé à l’idée de se trouver seul dans cet appartement que l’absence du Junkie rendait lugubre.
Mais quand il essaya de prendre le sac, Shinya émit un mouvement de recul et resserra la bandoulière avec ses doigts. Il avait l’air pressé et ennuyé à l’idée de se faire retarder. Aki n’allait pas se laisser aller.

- Quoi ? T’as une mission secrète qui exige de toi de sortir à cette heure du matin ?

Il jeta un coup d’œil à sa montre pour ponctuer sa parole. Ne la trouva pas. Il était à poil.
Tant pis. Il prit Shinya par le bras et l’entraina avec lui à l’intérieur de l’appartement.

- Attends que je m’habille et je t’accompagne, déclara-t-il en traînant un bras un tantinet réticent vers la chambre. Il saisit à la hâte ses vêtements, les mis tout en sentant la présence de son amant derrière lui, toujours immobile, facilement maniable, tellement je-m’en-foutiste.
Il aurait aimé un jour entendre une désapprobation de sa part.

S’en était dérisoire.
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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Jeu 28 Juil - 20:47

-Ce n’est pas la peine

Sa voix était neutre, sans timbre, sans marque, ne voulant qu’envoyer le message qu’elle est supposée faire. Pourtant, Aki n’arrêta pas ce qu’il était entrain de faire, ne se retourna pas, Shinya se douta s’il l’avait même entendu ou pas. Pas un geste, Aki avait continué ce qu’il faisait comme s’il n’existait pas, comme s’il n’était pas derrière lui, l’homme invisible, même sa voix était inaudible. Et d’ailleurs ce n’était pas la première fois, le brun ne lui avait jamais donné autant d’attention qu’il aura voulu, jamais entendu ses dires, jamais répondu à ses question, tout ce qu’il faisait dépendait de lui seul, de ses goûts, de ses avis et de ses envies. Et Shinya ? On s’en fou. C’était bien cela, comme s’il faisait partie d’un ménage ennuyé, comme s’il était une femme délaissé par son mari qui a eu marre d’entendre sa voix. Déjà, et dire qu’ils n’avaient encore rien commencé, qu’ils ne faisaient que coucher ensemble comme deux salauds qui se respectent.

Regarde-moi espèce de connard, regarde-moi.

Nada.

-Je t’ai dis que ce n’était pas la peine

Sa voix était toujours faible, mourante, inaudible. Ou peut être si. Aki lui jeta un coup d’œil vide puis se baissa pour mettre ses chaussures. Pas un seul trait d’intérêt, pas un pourquoi, pas un bonjour, pas un d’accord, pas un non. Rien, il continuait sa démarche comme s’il n’avait rien ‘entendu, comme s’il s’en foutait, comme si cela ne comptait pas. Mais depuis quand avait-il commencé à prendre ses décisions ? Depuis quand avait il décidé de faire les choix ?

Voilà une nouvelle, il venait et partait à son goût, lui cassait la tête, l’ignorait et maintenant lui dictait ce qu’il devait faire. Sublime, quoi demander de plus ? Impose-toi, pousse-moi à devenir dépendant puis profite de ma faiblesse. Bravo. Même pas une semaine et déjà il s’incrustait dans son boulot, qu’arrivera-t-il d’ici un mois ?

Si seulement il avait un jour prit la peine de lui demander ce qu’il travaillait, s’il travaillait ou pas, d’où percevait-il ses vives, n’importe quoi. Mais non, lui il préférait la faire à la Hitlerienne, il fourrait son nez dedans sans un salut, je suis là tu fais ce que je dis et basta. Et bien non, les choses ne pouvaient pas aller de la sorte, pas chez lui, pas en sa présence, une présence qu’Aki ne percevait plus à présent, plus intéressé par le problème fondamentale de sa montre qui refusait de se tenir à son poignet maudit. Non, c’est pas comme ça que ça va aller, vaut mieux mettre les choses au clair maintenant qu’ils n’avaient encore rien à perdre. Venir quand ça lui chante ? D’accord. Partager son lit ? D’accord. Se faufiler à l’aube sans un mot ? D’accord. Fourrer son nez in the business ? L’alerte s’impose.

-NON

Cette fois sa voix était assez forte pour qu’Aki puisse bien l’entendre et les yeux que ce dernier leva vers lui furent incrédules.
-Ecoute moi quand je te parle nom d’un chien. C’est la troisième fois que je te répète que non tu ne viens pas avec moi. Tu ne m’accompagneras pas. C’est personnel.

Et la ferme. Toi-même.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Ven 29 Juil - 21:29

Un rire jaune s’échappa d’entre ses lèvres nerveusement serrées. Il tira sur sa chemise pour l’ajuster et, sans quitter son amant du regard, ajusta le col d’un mouvement sec. Cette drôle ambiance rendait l’atmosphère, comment dire, détestable ? La pression qui s’exerçait sur ses tempes venait de nulle part, elle écrasait le nerf qui battait furieusement juste là, au dessus de son oreille gauche. Tout en arrangeant son allure, il se demanda un instant pourquoi son vœu s’était-il exhaussé juste là, maintenant, et pourquoi il sentait cette pointe de fureur naître dans sa poitrine comme une dynamite qu’on s’amusait à balancer dans tous les sens. Shinya ne bougeait plus, après s’être fait entendre, et comment, il restait immobile – dans l’attente de la sentence.

Acquittement ou condamnation ?

Aki s’assura du regard qu’il n’avait rien oublié – c’était une question d’habitude, des sales mœurs qu’on lui avait inculqué et suivant lesquels il agissait inconsciemment, aussi ignora-t-il tout bonnement le refus de son amant à l’accompagner. Il voulait rétorquer, et il allait le faire, mais il préféra garder son calme pour éviter les prises de têtes matinales.

Ronchon, il se dirigea vers les toilettes pour arranger ses mèches en bataille. Un grand miroir était accroché juste au dessus de l’évier, orné de deux lampes dans chaque coin. Il les alluma, et se contempla un moment.
Il était derrière lui.

- Quoi ? Fit-il, mine de rien, sans prendre la peine de se retourner. Je n’ai pas le droit de t’accompagner ?

Il se pencha vers son reflet et suivi du doigt le contour de ses lèvres sèches. Il avait envie d’un café.
Derrière lui, un souffle froid. Une fureur muette, avare en émotions.

- Tu as honte, c’est ça ? constata-il, étrangement calme. Il se retourna et toisa Shinya qui semblait enveloppé dans le mutisme, il serrait étroitement son sac et paraissait décidé à ne pas le lâcher.
Ah bon ?

Aki s’avança tendit la main vers le petit visage chérubin qui manifestait un entêtement novice et maladroit et lui caressa la joue du bout des doigts. Une petite question, non, mille petites questions lui trottaient dans la tête comme un troupeau de moutons ne trouvant pas quoi brouter. Il descendit la main et effleura le cuire du sac. Hier encore, pourquoi était-il venu ici ?
Qu’est ce qu’il foutait là ?

- Bon écoutes, soit je t’accompagne et tu fais ta petite promenade en ma présence comme un gentil petit toutou, soit y’a pas de sortie pour toi tant que je serais là. Alors décides toi.

Écartant d’un doigt agacé une mèche qui s’incrustait dans son œil, il enjamba le corps raide qu’était celui du Junky et se dirigea vers la cuisine.
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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Dim 14 Aoû - 2:36

Shinya, laissé derrière, cru un instant qu’il avait entendu faux. Il venait de recevoir des ordres, directs et droits : pas de sortie tout seul. Un rire toqué et bas s’échappa d’entre ses lèvres, les yeux toujours grands ouverts d’ébahissement. Le sac plein glissa de son bras et échu par terre, le contenu émettant un bruit assourdissant. Il était entrain de se faire marcher, par son agresseur, par son client, par son amant, et il n’arrivait toujours pas à s’en remettre.

C’était… comment disait-on ? Plus que parfait

Voilà, cette crise d’identité n’avait choisi que ce matin pour mettre ses mains sur Aki, le seul matin où on l’avait prévenu de bien faire attention et de ne surtout pas être en retard. Chose qui n’était plus vraiment probable vu le début de scène de ménage qu’il venait de témoigner. Shinya glissa sa main dans sa poche et en tira une clope qu’il alluma illico presto. Ses doigts tenaient nerveusement le cylindre presque en tremblant avant d’en tirer une grande taffe et son regard se dirigea vers l’horloge murale accrochée à sa droite. Doucement, ses lèvres s’étirèrent dans un rictus agacé et il ravala difficilement sa salive.

Qu’à-t-on à foutre dans une telle situation ?

Car il y a justement des matins où tout va de travers.

D’un pas décidé, Shinya se dirigea vers la cuisine pour retrouver un Aki debout juste devant lui, près de la table, les yeux au regard défiant plantés dans les siens. Lentement, il s’approcha de lui pour ne laisser que quelques centimètres à peine entre eux et fit glisser ses deux mains sur son torse pour commencer à déboutonner un à un sa chemise.

Aki ne manifestait plus aucun signe de vie.

-Ce n’est pas dur à comprendre pourtant…

La voix que dégagea sa gorge fut plus posée qu’il le croyait, ses mains continuèrent leur manège jusqu’au dernier bouton puis il les fit remonter mollement sur le torse de son vis-à-vis. La rencontre de la froideur de ses mains à la chaleur du torse d’Aki produit un faux semblant de décharge électrique qui lui arriva jusqu’aux moelles des os et pour un instant Shinya se demanda s’il n’était pas entrain de jouer avec le feu. Ses mains arrivées aux épaules d’Aki, il fit glisser la chemise par ses bras et rassemblant ses forces il le poussa brutalement vers le bas le forçant à s’assoir sans aucun ménagement.

-… tu reste là.

Sans plus attendre de réaction de la part d’Aki, Shinya alla récupérer son sac dans la chambre puis se hâta les pas vers la porte d’entrée sans un regard en arrière de peur de regretter n’importe ce qu’il peut être, où même de douter.

-Il reste du café dans la cafetière, et…

Il marqua un silence, un temps mort, pour reprendre son souffle, pour se rassurer qu’ils en finissaient vraiment

-… surtout ne te mêles plus de mes affaires.

Dans les escaliers dévalés quatre-à-quatre, il pu toujours entendre l’écho de la porte claquer dans un bruit assourdissant. C’était probablement la dernière fois qu’il le reverra. Mais tant mieux essayait-il de se convaincre, tant mieux ou… tant pis.
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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Lun 15 Aoû - 18:53

La première chose qui avait senti était le bruit que fait le corps d’un insecte écrasé par une semelle. Piétiné, voilà ce qu’il était. Écrasé comme un rat mort, il n’osait plus respirer. Il voulait voir quelle ampleur ce dilemme allait atteindre. Avoir le dernier mot ou pas, peut lui importait, tant qu’il mettrait un doigt sur ce projet matinal insolite et dont il ne faisait pas partie, à en voir le cours des évènements, de son tendre amant, il pouvait étouffer sa dignité. Cela dit, il se fit la remarque que rare était l’occasion ou sa curiosité était attisée à un point ou il voyait la situation plus comme un jeu dont le but n’était pas de gagner, mais de savoir ce que cachent les cartes de l’adversaire. Tel un philosophe, il suivait du coin de l’œil la réaction de son amant quant à sa réplique. Il lui avait clairement annoncé sa décision de le suivre comme un grand clerc, déclaration qui ne plut, évidemment, pas au petit bonhomme, et qui le conduisit à un esquisser un geste vraiment, mais vraiment, lâche : déguerpir.

C’est là, en cohérence au claquement de la porte, que l’esprit d’Aki s’est transformé en un insecte écrasé, fonctionnant mal, tourné sur son dos, ventre ouvert, sauce verte s’étalant sur lui, pâtes dressées comme des antennes, vibrant en échos à ses battements de cœur mal coordonnées. Aki avait l’impression qu’il était un violent mal accordé que la mélodie piètre et prétentieuse des paroles de Shinya avait suffi à le massacrer.

S’en était suivie une querelle mélodramatique de longue haleine à qui ne manque-t-il que la musique de fond ainsi que les spectateurs qui ne verront de leur ménage qu’une image d’Epinal, qu’une succession de preuves d’amour car ne dit-on pas que l’amour ne vit que grâce au poumons, et qu’il fallait crier pour se faire entendre, et que les yeux ne voient jamais ce qu’il y a sous la chair ?

- Sale gosse, grinça-il entre ses dents. Il saisi le bol de café fumant et le sirota en mettant au point la situation : Son amant venait de lui glisser d’entre les doigts comme une substance visqueuse il s’était faufilé, l’espace d’une seconde, non, d’un centième, il s’est transformé de l’allumeuse au fuyard, Aki se demanda même s’il n’avait pris cette perspective dans le but d’exciter encore plus sa curiosité et l’inciter à le suivre en douce ? Pourquoi tant de mal ? Aki soupira, las de faire broncher son moteur de recherche avant même d’avoir ingurgité un bon petit déjeuner. Il était las. Jusqu’au ras. Avec la fumée qui sort des oreilles et les yeux rouges à cause du manque de sommeil.

Il se releva, décidé à suivre cette créature vertébrée là ou elle rampera à deux pattes, quitte à perdre sa journée, son temps, sa monnaie, sa patiente, et j’en passe, mais il ne lâcherait pas l’affaire. Il n’avait rien d’autre à faire. Shinya pouvait bien se plaindre, il avait la chance inouïe d’avoir un amant aussi dévoué, aussi tendre, aussi soucieux et sur le guet que cette perle d’Aki, il ne s’en rendait pas encore compte, peut-être, que déjà il lui donnait du fil à retordre.

Armé de pied en cap, il se dirigea vers la porte en récitant dans sa mémoire la liste des choses à ne pas oublier : sa raison était en tête de fil, suivie de très prêt par le nom de son Junkie adoré, une croix rouge à la droite, puis une carte mentale de la ville, avec agrandissement au niveau du quartier ou il cohabitait presque avec le recherché. Son cerveau, son habileté au kick-boxing, sa langue pendue entre autres, étaient des détails qui relevaient plus de l’intuition. Sourire mesquin aux lèvres s’il-vous plait, il franchit la porte, et la claqua à son tour.

Il savait que c’était lui le gosse, le genre de personne qui n’ont font qu’à leur tête, qui prônent le libéralisme car ils voient en cette philosophie un moyen de ne pas avoir des enfants sans histoires à propos de la nature animale, il était typé irresponsable sorti d’une pub pour gel rien que pour semer le trouble dans la société. Cette société hilare car sous sédatif, cette société artificiellement parfaite, cette société marquée à l’ecstasy et aux culs bien léchés, cette société parfaitement artificielle, faite et refaite en brique de came et en ciment d’héro. Déambuler, tel était le pronostic à quoi est damné, ou bénite va savoir, cette terre, cette même terre que sa démarche broutait hâtivement, cette même terre qui, quelques instant plutôt, subissait les pas de course d’un petit Junky déambulant.

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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Ven 2 Sep - 13:55

Il avait beau à se répéter que ce n’était pas grave et qu’on pouvait surmonter la situation actuelle, être poussé à agir d’une telle manière pour pouvoir faire son boulot correctement, qui plus est par un curieux rabat-joie, n’était pas quelque chose sur quoi on pouvait simplement fermer les yeux. Le drugstore devant lui était encore fermé, impatients, deux gosses attendaient devant sa porte, apparemment l’ouverture du magasin. Shinya suivait leurs actions d’un œil las, découragé par sa matinée pas très enchanteresse. Les rues étaient peu peuplées à cette heure du matin et les trottoirs gardaient encore les marques d’une pluie, certes pas torrentielle, mais pas moins imposante. Du coin de l’œil, il suivit du regard l’itinéraire d’un cafard meurtri, près de ses pieds, essayant de se relever en rassemblant toutes ses forces. D’un geste amorphe peint de dégoût, il ramena lentement son pied et écrasa très bien l’insecte en prenant soin de s’exalter la mélodie que cela résulta.

Bien qu’il sache que son sac était assurément coincé dans le coffre de sa voiture garée un peu plus loin, et qu’Aki n’avait aucune idée à quoi elle ressemblait, voire même de son existence, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour ce qu’il commençait à considérer comme un danger. S’en était-il vraiment débarrassé ou bien n’était-ce que le calme avant la tempête ? Il ne pouvait juger, cependant, le ciel lui assura que sa réponse n’alla pas tarder lorsqu’il commença à pleuvoir une nouvelle fois. Les deux gosses précédemment assis sur la paroi du magasin coururent une vingtaine de mètres avant de trouver un soi-disant toit pour s’abriter.

Shinya qui était toujours appuyé sur le mur extérieur d’un immeuble bien dissimulé dans l’ombre et en abri de la pluie, s’alluma une cigarette dont il tira rapidement plusieurs taffes afin de se réchauffer un peu. Confus et pressé, il avait banalement oublié de prendre sa veste en sortant et le vent froid qui avait commencé à souffler un peu plus tôt n’était pas vraiment à son avantage. Shinya fut tiré de son méditation lorsqu’un corps intrus fit irruption dans son champ de vision et regarda une deuxième fois attentivement la silhouette apparemment perdue entre les ruelles. Il en eu le souffle coupé presque. Jusqu’ici, Aki l’avait suivi jusqu’ici, et surement sans savoir où est-ce qu’il pouvait atterrir parce qu’il ne semblait pas vraiment voir le roux de là où il se trouvait.

Sans le moindre doute, Aki devra être l’importun le plus entêté que Shinya pût connaitre durant toute sa courte et minable existence.

Désespéré, Shinya s’avança d’un pas posé vers Aki, qui le dos tourné, n’avait pas du tout remarqué son arrivé.

-Tu vas enfin me foutre la paix oui ?

Terrifié, le dit Aki tourna vers lui un regard médusé qui changea vite en un regard perçant débordant d’acuité. D’un geste décidé, il secoua la tête lentement mine de rien, comme si ce n’était qu’une simple information qu’il devait lui transmettre, un fait, comme un bonjour ou un au revoir.

Shinya, lâché par ses propres armes, regarda le ciel dans une supplique muette comme un dernier appel au secours, un cri sourd de désespoir. Un cri qui resta sans réponse. Finalement, il finit par baisser les bras, et les yeux, pas du tout convaincu mais lassé et un peu navré pour lui-même.

-Viens

Il tira Aki du poignet sans même le regarder et marcha en direction de sa voiture sans se retourner une seule fois, son corps trempé par la pluie était légèrement tremblant et une quinte de toux traversa sa gorge rudement. Ce n’était pas un bon présage. Ça ne l’a jamais été. Lorsqu’ils furent presque arrivé à leur destination, et comme s’il venait de prendre conscience de ce qu’il comptait faire, Shinya s’arrêta brusquement et se retourna vers le brun

-Tu ne fais rien qui pourra nous attirer des ennuis, tu ne bouge pas, tu reste dans la voiture, tu suis de loin, et c’est tout. Si je te permets de m’accompagner, ce n’est pas de bon cœur, sache-le. Et en plus, t’as l’air de…

bien te foutre de ma gueule et ne faire ça que pour m’emmerder.

Shinya fut sur le point de dire quelque chose mais se ravisa, baissa les yeux puis les remonta, le regard inexpressif, il essaya de récapituler d’un ton neutre

-Bref, ce que je veux dire est sois sage, car si je t’emmène avec moi c’est seulement pour que tu me foutes la paix enfin.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Sam 3 Sep - 2:48

Il se laissa guider, un sourire niais sottement collé sur son visage, l’esprit jubilé, le cœur comme le corps, légers. Croyant avoir gagné la manche, l’aisance avec laquelle Shinya avait cédé le surpris néanmoins : il avait suffit d’un peu d’entêtement pour vite lasser le jeune homme qui, quelques instants plutôt, défendait son fourbi comme une mère à qui ont aurait touché le bambin. Voyant qu’ils se dirigeaient vers une vieille bagnole, il se fit la remarque de n’avoir jamais eu vent de l’existence de cette dernière, d’ailleurs, que savait-il de la vie de son conjoint ? Qu’il était un Junkie et lui pas ? Qu’il était, ou est toujours, un prostitué? Qu’il avait des tendances suicidaires ? Il n’avait vraisemblablement jamais cherché à savoir non plus, fut-il obnubilé par l’attrait foudroyant qu’il éprouvait pour lui, il s’était tellement concentré sur la mission de le faire sien qu’il avait oublié le reste. Maintenant il se tenait face à un inconnu, et cette révélation flagrante et froissante le sidéra.

Toutefois, un petit détail l’agaça : il senti que Shinya faisait la lippe. Qu’il ait consenti de se faire accompagner par un individu incommode et irritant lui avait coupé l’appétit, à ce qu’il paraît, mais voila, Aki n’aimait pas les petites natures, les boudeurs, encore moins les taciturnes, telles mœurs l’harassaient, le rendaient nerveux, car soucieux de la cause d’un silence si pesant, était-ce par méchanceté que Shinya, en connaissance de cause, jouait à ce jeu malsain dans le but de faire craquer ses nerfs ? Etait-ce sa tactique pour le pousser à abandonner sa quête ? Ou rangeait-il sa langue en bon peinard qu’il était, lassé de tout et mou comme une patte à modeler ? Cette situation était plus qu’agaçante, c’était outrageant.

D’un geste brusque, Aki fit lâcher prise à son Junkie qui se retourna, dérouté par cette soudaine prise de conscience, le sourire maintenant effacé avait laissé place à cette familière moue accusatrice : il n’avait pas le choix, il était de son devoir de le blâmer pour son propre salut – car il sentait les pointes du regret percer son cœur trop sensible.
C’était exaspérant, qu’avait-il à perdre à la fin, s’il se montrait plus ouvert, plus accueillant, plus intéressé, plus aimant enfin ?

- Finalement, je ne comprends pas : Tu m’emmène de mauvaise foi, j’entends presque les injures que ton cœur est entrain de me vomir depuis tout à l’heure, non, depuis le début, je dirais, mais tu ne les avoue jamais. Je t’importune. Pourquoi tu ne me lâches pas enfin? Dis, elle est faite de quoi, cette mauvaise foi ? De pitié ?

Parce que c’était vrai, à la fin, il n’avait aucune, mais aucune raison de ne pas le rejeter, là, immédiatement, après s’être conduit piètrement, après moult méprises et confusions, après qu’il n’ait découvert le beau parleur qu’il était, pourquoi lui ouvrait-il toujours sa porte ? Pourquoi le rendait-il encore plus dépendant en lui répétant sans cesse cette psalmodie écœurante et blessante comme justification à ses actions ? Qu’il lui dise carrément de ficher le camp si c’est lui foutre la paix qu’il voulait, il serait au moins fixé. Meurtri, mais fixé.

Ça n’avait aucun sens.

Cette situation n’avait aucun sens. C’était comme vivre en sursis, pouvoir mettre la main sur le fruit défendu pour découvrir que le goût n’y est pas, ouvrir un coffre fort vide de toute fortune. C’était ça, il était l’heureux infortuné, l’Adam sans pomme, d’ailleurs ce qu’il sentait au fond de sa gorge, maintenant, était le goût amer d’un chagrin grisant.
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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Dim 4 Sep - 18:17

-La ferme.

Irrité par telle répartie, Shinya se mit hors de lui pour un instant où il eu la flagrante envie de gifler son vis-à-vis jusqu’à lui en faire détourner le visage de force. Chose qu’il ne fit pas, même sous la pression de sa main qui tentait déjà désespéramment de se mouvoir d’elle-même. La raison pour laquelle une telle réplique l’ait autant sidéré ne lui était pas encore clair non plus, cependant, il en était sûr à présent, Aki faisait vibrer son système nerveux beaucoup plus fort qu’il lui était permit, et ça va de soi que cela n’avait rien à voir avec ce qu’il souhaitait.

Sans plus y penser, il reprit le poignet qu’il avait lâché un peu plus tôt et tira de nouveau Aki derrière lui sans prendre la peine de le regarder, cette attitude qu’adoptait ce dernier lui tapait sur les nerfs, jamais n’avait-il eu affaire à quelqu’un aussi soupe au lait, tantôt c’est lui qui domine avec cette hardiesse et cette arrogance sans pareils, tantôt il devenait la victime mal traitée avec ce regard de chien battu. Et ça, ce n’était pas à quoi Shinya savait faire face, ce jeu le surpassait et il finissait par se sentir délaissé derrière.

Lorsqu’ils furent enfin arrivés, étonné comment un si court trajet de deux pas pu lui paraitre aussi long, Shinya ouvrit la portière, engouffra le brun sans ménagement au siège passager et la claqua par la suite avant de prendre place à côté de lui. En tournant le contact pour démarrer, Shinya se sentit transpercé par les regards -qu’il devina meurtriers- d’Aki mais n’osa pas se retourner, et quand il daigna enfin de démarrer, le véhicule émit un bruit d’un avion atterrissant en trombe. Toujours sans se retourner, Shinya attendit que la bagnole se taise pour affirmer enfin ce qu’il hésitait à dire depuis déjà une demi douzaine de minutes

-Et puis d’ailleurs, je ne fais jamais rien de mauvaise foi

Il attendit quelques instants encore puis reprit d’une voix se voulant toujours aussi froide et détachée

-… rien, sauf mon boulot. Et tu n’en fais pas partie, alors arrêter de clamer n’importe quoi.

Durant tout le trajet, Shinya ne bougea pas d’un pouce, les mains bien braquées sur le volant tout en regardant droit devant, car même en essayant de se concentrer sur la route, la pluie ne lui était pas de grande aide, et il croyait sentir sa voiture glisser à chaque détour. Une vingtaine de minutes passa avant qu’il ne pu constater qu’ils étaient enfin arrivés à l’adresse qui lui a été donné, et il s’en assura lorsqu’il discerna une grande maison juste un peu devant eux. Soulagé d’être enfin arrivé, il se gara un peu plus loin et sorti en essayant de ne pas claquer trop fort la portière et revint prendre son sac dans le coffre puis en passant de l’autre côté, il s’arrêta devant la fenêtre ouverte d’Aki et se baissa un peu pour qu’ils soient de la même hauteur même si ce dernier avait détourné la tête en refusant de le regarder en face

-Bouge pas, j’arrive tout de suite.

Il sa hâta les pas sous la pluie de plus en plus en plus battante et passa dans le jardin de la maison sans s’attarder sur les détails, sonna et attendit quelques minutes, quand on lui ouvrit enfin, il s’assura qu’il était chez la bonne personne puis lui délivra ses armes le plus formellement du monde et tourna les talons pour revenir presque en courant à sa bagnole. Lorsqu’il prit enfin place à son siège, il se surprit de la vitesse avec laquelle il venait d’accomplir sa tâche, même il avait bien un retard à rattraper.

Quand il décida enfin de prendre la parole, son corps était beaucoup plus tremblant qu’avant et il rassembla tout son courage pour se tourner vers Aki qui refusait toujours de le regarder

-Le prend pas mal, c’est pas comme si je vais te faire la morale ou quoi que ce soit, mais ton attitude me met hors de moi. Je n’ai pas l’habitude de faire face aux sautes d’humeur de quelqu’un, je n’ai l’habitude de faire face à personne tout court, et ta conduite met mes nerfs à dure épreuve…

Sa phrase fut suspendue, traversée par une forte quinte de toux, dont il eu de la peine à s’en remettre. Après quelques minutes passées à lutter, il reprit difficilement contenance et continua sur le même ton, ou presque, maintenant un peu plus fatigué.

-En plus, je déteste qu’on se mêle de mon boulot, et c’est ce que t’as passé la matinée à faire, sans même savoir de quoi il s’agissait. Alors je t’explique pour ne plus en revenir là-dessus. Ce qu’il y avait dans le sac, c’était des armes. Je les délivre. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est mille fois meilleur que mon précédant job. Et si, c’est vrai, je faisais du trottoir avant.

Un silence de plomb marqua la fin de sa phrase et Shinya se retourna pour allumer une clope tout en contemplant l’averse en dehors de sa fenêtre bien fermée.

-Voilà. C’est tout.

Pourtant, il ne fit aucun mouvement pour redémarrer le véhicule, se calant bien le bas du dos contre son siège et en essayant tant bien que mal d’arrêter ses tremblements presque convulsifs.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Lun 5 Sep - 0:39

D’habitude, la pluie le faisait rêver. A chaque fois qu’il entendait la mélodie discrète des gouttes s’écrasant au sol trempé il ne pouvait empêcher son imagination de vagabonder d’une vallée à l’autre, l’une encore plus enchanteresse que sa précédente, laissant libre cours à son esprit d’oublier jusqu’à son identité, il laissait dormir ses sens car seul les battements de son cœur lui suffisaient pour voir, écouter, sentir et toucher l’utopie qui se dessinait dans son intérieur. Il se sentait au chaud, ainsi recroquevillé sur sa coquille, renfermé sur soi, inondé par le bienfait qu’une illusion pouvait octroyer. La pluie l’aidait à se ravitailler, à s’évader et se laver de toute trace de réalité. C’était sa tactique pour survivre, le chant de la pluie lui était une délivrance. Reposer sa tête sur une vitre, se laisser bercer par le vent humide qui s’infiltrait à travers chaque pore de son derme, frissonner en sentant ses os se glacer doucement et son cœur battre plus vite, fermer les paupières et y voir ce monde meilleur qu’il ne pourrait jamais atteindre.

Aujourd’hui était un jour singulier, déjà, Aki était passé par tous ses états : de l’amant passionné il s’était transformé, le temps d’échanger deux mots, en un sale manipulateur ne respectant pas le choix d’autrui, puis ses nerfs ont craqué et de la joie malsaine qu’il ressentait en manœuvrant son amant selon ses désirs il se décomposa. C’était la même chose à chaque fois : ses sentiments réussissaient à le mener par le bout du nez, il n’entendait jamais sa raison car l’instinct le dirigeait presque malgré lui. Comment était-ce possible de vivre avec un être comme lui ? Il ne se supportait plus, son tempérament était trop changeant, et avec le trouble immense ainsi que la presque incapacité de mettre les mots sur ses maux, il n’en était que plus enfoncé dans le gouffre. Il avait espéré que Shinya puisse lire en lui, à travers ses gestes, son attitude, quel être complexé, mais surtout aimant, qu’il était.

Mais il était tellement aveugle, pour ne pas dire idiot. S’en était désarmant. Pourtant, Aki avait essayé plus d’une fois de lui montrer qu’il ne le fréquentait pas que pour le sexe, mais il n’avait pas réussi, à vrai dire, il essayait d’y voir clair, de se convaincre lui-même qu’il ne ressentait pas qu’un simple désir charnel envers son cadet, il ne cessait d’y penser, à un point ou ça devenait embarrassant car cela frôlait l’obsession. Toutefois, mettre de la chaleur ou du froid entre eux deux dépendait toujours de lui, car il avait toujours cette impression que le Junkie lui était vraiment égal de partager ou non ne serait-ce que deux mot avec lui, et avoir une décente conversation devenait parfois éprouvant.

Maintenant qu’il semblait plus ouvert, qu’il avait aligné plus de trois mots et que surtout il s’était expliqué, c’est au tour d’Aki de ne pas avoir envie de parler. Une boule dans sa gorge l’empêchait d’émettre ne serait-ce qu’une syllabe pour acquiescer, il avait l’impression qu’ouvrir sa bouche déclencherait une bombe atomique. Des larmes aussi, peut être.

Durant le chemin, il n’avait cessé de contempler la pluie qui s’écrasait sur la vitre, indifférente de glacer encore plus l’atmosphère qui régnait dans cet espace pourtant si restreint. Il pouvait sentir la présence, ou la non présence, du Junkie si près de lui, et fatalement, ne pouvait s’empêcher de penser à la manière dont il le traitait, chose qui le rendait encore plus lugubre que le temps. C’est drôle, pourtant, hier encore, il se souciait peu de l’attitude froide de son cadet, pourquoi ce mépris se faisait-il maintenant plus perçant et plus accablant ?

Malgré la tentative de réconciliation, Aki resta stoïque et préféra garder le silence. Shinya se gara devant une assez belle demeure et sorti sans se soucier de la pluie qui s’attaqua immédiatement à lui. Aki poussa un profond soupir et desserra un peu ses sourcils. A quoi rimait cette comédie ? Garder le silence devenait pesant pour lui, et il n’avait pas encore le cœur à parler, il se sentait faible, voila. Il voulait rentrer.

Et il avait faim. Un fois revenu, Shniya avait reprit parole, Aki, étonné au début, avait écouté sa tirade avec un visage fermé, presque retourné vers la vitre, il savait que l’autre ne se souciait de se voir ainsi ignoré, peu être savait-il qu’il ne l’était pas ? Pourtant, quand il lui fit part de la nature de son job, Aki en fut encore plus étonné. Comment se fait-il ?

C’était un peu drôle. Aki dirigea ses doigts vers sa bouche et tâta distraitement ses lèvres. Que pouvait-il répondre dans pareil cas ? Il savait qu’il était fautif, mais il n’était pas question de s’excuser. Il n’avait pas le cœur à demander son pardon.
Un bruit désagréable attira son attention : Ce n’était pas la pluie, ni le vrombissement de ce moteur centenaire. Non, il se tourna vers son conjoint qui fumait tranquillement une cigarette. Tranquillement, c’était une constatation hâtive que le léger tremblement de son corps contredisait, et le suivi de toussotement qu’il poussait comme un petit chiot entre chaque taffe était la preuve légitime que la tranquillité dont il avait l’air était la torpeur d’un corps affaibli.

- Rentrons.

Aki voulu s’inquiéter, dire encore quelque chose mais une quinte de tout l’empêcha d’en dire plus. Il ôta le plus délicatement possible la cigarette de ses doigts et la jeta par la fenêtre puis ferma celle-ci. Il mit sa paume sur le front de Shinya et s’assura qu’il n’avait pas de fièvre puis entreprit d’ôter sa veste pour le recouvrir mais se ravisa. Quelque chose clochait. Shinya avait fermé les yeux et ne les ouvrait plus.

- Hé ! On ne dors pas ici, laisse moi au moins le siège pour que je conduise.

Shinya avait rouvert les yeux et regardait à présent dans le vague. Aki aurait espéré que se regard se posa sur le sien pour le rassurer, car il sentait l’angoisse le draper comme un froid piquant, un froid désagréable et malsain. Le Junkie secoua la tête et mis le moteur en marche afin de les reconduire chez lui.
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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Mer 7 Sep - 0:05

La voix raque et autoritaire d’Aki retentit dans sa tête dans une lenteur ralentie, il définit chaque mot de sa réplique séparément puis les aligna en file indienne pour contempler le résultat final. La signification ayant enfin atteint son cerveau, Shinya rouvrit les yeux d’une lenteur extrême et se replaça sur son siège non sans peine pour arriver enfin à redémarrer le véhicule tout en prenant soin de décliner « l’offre » du brun qui probablement n’avait rien entendu de son discours, ou n’en n’était nullement intéressé, qui sait.

En dépit des efforts qu’il amassait à bien garder son attention sur la route devant lui, Shinya ne pouvait empêcher ses pensées de vaguer vers l’occupant du siège voisin. Il aura beau à lui raconter n’importe ce que cela pourra être, sa voix restera à celui-ci toujours inaudible. Il y avait comme une barrière de large épaisseur qui les séparait sans qu’ils ne puissent la discerner, un mur invisible qu’aucun d’eux n’arrivait à dépasser. Qu’il le veuille ou pas, Aki ignorera malgré tout ses réclamations comme ses déclarations, et Shinya n’aura qu’à fermer les yeux dessus, car probable était qu’elles ne les atteignent même pas. Alors tandis qu’il en était encore capable, valait mieux épargner à ses sentiments faiblards de s’en mêler.

Mais depuis quand parle-t-en de sentiments d’ailleurs ?

Un klaxon aussi fort que le son d’une batterie déclenchant le début concert fit l’affaire de le réveiller et estomaqué comme si on venait de lui verser un seau d’eau froide sur la tête, il releva la tête et se retint de laisser échapper un cri de surprise lorsqu’il vit l’énorme camion venant droit devant lui à toute vitesse et dont le conducteur ne lui avait encore pas accordé l’honneur de lâcher son klaxon bien aimé. Shinya se fit violence pour ne pas se boucher les oreilles et au lieu appuya ses mains sur le volant vieillissant pour le tourner à gauche, et dans un bruit hideux -résultat de la friction des roues au sol mouillé- la voiture glissa elle-même à gauche en évitant le camion in extremis.

Ayant reprit son rythme normal, la bagnole –et les battements de son cœur aussi-, se firent plus calmes pour un instant avant qu’il ne se rende compte des regards d’Aki qui le transperçaient de toute part à présent. Dans un mouvement précipité, et après s’être assuré que la route était bien claire, Shinya se retourna à sa droite pour jeter un regard fugitif à Aki et sa seule constatation fut qu’il n’était pas du tout heureux. Il cru même avoir entendu un ‘Je t’avais dis de me laisser conduire’ flotter dans l’air mais le renvoya vite sur le compte de sa fièvre ascendante. Après avoir reporté son attention sur la route, il se décida de prendre la parole dans l’espérance de briser de silence glacial qui régnait dans la voiture, et qui pour une fois, le mettait mal à l’aise.

-Je m’excuse… pour ça

Sa voix avait un timbre tremblant sans qu’il ne me veuille et sa phrase fut ponctuée par une énième quinte de toux presque violente cette fois-ci. Un sentiment de banalité immesurée grandissait en lui et il en avait la flagrante envie de se vider les tripes et les boyaux ici même, ce que tu peux être con des fois Shinya. Sa tête assaillie par la migraine devenait de plus en plus lourde et même en remarquant qu’ils étaient presque arrivés chez lui, Shinya ne put s’en enthousiasmer tellement sa lassitude s’amplifiait tandis que les mètres s’allongeaient devant lui. Lorsqu’il se gara enfin, la chaleur dans la voiture lui paru tellement oppressante qu’il n’attendit pas la moindre seconde avant d’ouvrir la portière pour sortir enfin en la claquant derrière. Cependant, en avançant, un vertige cuisant prit possession de sa tête et ses jambes tremblèrent faiblement sous son poids. Shinya vacilla quelques mètres devant lorsque sa vue commença à se brouiller avant de s’assombrir carrément et sa dernière sensation se fut quand ses jambes le lâchèrent.
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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Jeu 8 Sep - 23:07

Le trajet du retour se fit sans histoires. Une fois en route, un silence de plomb retomba et les protagonistes y plongèrent comme à chaque fois, tous deux trop fiers, entêtés ou las de fournir un effort suprême fatiguant et perdu d’office à rendre l’atmosphère plus vivable. Le mutisme, ce vieux sorcier venu maudire leur journée, s’installait dans chaque recoin leurs esprits, liant leurs langues et bouchant leurs oreilles. La pluie fouettait la vitre ou Aki avait nonchalamment posé sa tête, cette tête remplie de questions, toutes contenant toujours le même nom, se laissant bercer par le rythme irrégulier et brusque de cette voiture handicapée. Il pensait à des airs, à des mélodies d’antan enfouies dans sa mémoire, il pensait à ce piano à queue qui ornait cette pièce qu’il regrettait tant, cet instrument magistral d’où ressortait un son si délicat, si gracieux et doux que son cœur se resserrait d’une tristesse infinie. Là, juste à quelques pas de lui, il jouait cette mélodie d’un air détaché, presque instinctivement, il laissait ses doigts papilloter et son visage assombri se tordait en une plainte muette …

Le bruit du Klaxon le réveilla de sa somnolence et il vit avec horreur un camion foncer vers eux à une vitesse affolante. Il ne pu crier, ni esquisser le moindre geste tellement le choc du réveil était grand, s’il avait su qu’il affronterait la mort à son réveil, il aurait souhaité que ses paupières ne se délient jamais. Une secousse le fit balancer et sa tête heurta la vitre. Sonné par le coup, il ne pu suivre le cours des événements, seul le bruit de sa respiration saccadée se propageait dans son crâne comme un carillon funèbre. Les battements affolés de son cœur lui donnaient le haut-le-cœur, aussi mit-il sa main sur sa poitrine en aspirant un bon coup afin d’apaiser cet organe fragile, maintenant que, paraissait-il, ils étaient hors du danger.

Aki, que le souvenir que le conducteur qui avait réussi à rendre cette journée encore plus lugubre qu’elle ne l’était n’était autre que son Junkie, pronom possessif essentiel pour une raison ou une autre, pivota vers lui, la main agrippant toujours son t-shirt, et le fusilla du regard.

- Si tu veux mourir, fais-le tout seul ! Bon sang !

Mais celui-ci semblait toujours dans les vapes, comme à son habitude. D’ailleurs, c’était cette sale manie de s’évader vers le néant et d’oublier la réalité qui l’avait conduit à négliger le volant jusqu’à laisser la voiture glisser vers la route adjacente…

Génial, il avait réussi à réveiller son courroux, et, maintenant éveillé et énervé, il ne pouvait plus tenir dans ce petit morceau de fer, il voulait prendre de l’air, bouger pour déstresser, se mettre à distance de cet être enfin. Soufflant pour la énième fois, il ferma les yeux et appuya son pouce et son index sur chaque paupière, les battements de son cœur s’apaisaient, et la peur s’estompait, laissant place à la fureur, contre l’égarement qui aurait pu leur être fatal de Shinya, contre cette pluie qui n’arrêtait pas, contre ce temps sinistre, contre cette journée qui tournait mal, contre lui-même enfin, qui s’était mis dans cette situation agaçante pour des broutilles.

La voiture ralentit pour s’arrêter enfin devant la demeure du Junkie. Celui-ci descendit sans autres façons et claqua sauvagement la porte derrière lui. Ce tapage enrageant n’était qu’une preuve qu’il ne faisait fi qu’Aki soit sur les nerfs ou pas. Point de délicatesse, point d’égard, qu’une boule d’égoïsme ayant certes, eu sa dose de panique, mais une dose bien méritée. Aki, tout en sortant de la bagnole à son tour, s’apprêtait à ouvrir sa boite à sanctions, houspiller Shinya pour son total dédain, son constant maque d’attention, ses lacunes en matière de responsabilité et d’altruisme, son apathie irritante, tous ses défauts enfin. Cependant, sa langue n’eu la capacité de se délier devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Shinya, fidèle à lui-même, s’était en toute insouciance évanoui sur le goudron, laissant son corps offert à la pluie qui le trempa en deux temps trois mouvements.
La détresse s’empara de tout son corps et l'harassement le couva. Tous ses muscles devinrent mous comme de la crème fraiche.
Quelle sale journée…

Il ferma les yeux. Très fort. Et se revit. Couvert par une nuit fraiche. La lune scintillant sur leurs têtes, moins brillante que les réverbères mais plus gracieuse. Cette nuit de ravages. De déambulations aussi. Ses pas avaient accidentellement, ou pas, heurté une seringue qui fut immédiatement réduite en poussière. Le décor y est. La lune n’y est pas. Mais ce corps, ce corps si frêle, aimait toujours s’étaler par terre, près du crasseux et du moisi. Une vision écœurante, c’était-il dit. Mais il comprit, que l’envie ni était pas. Mais bien le besoin. J’avais besoin d’un sol, pour ne pas tomber dans le vide.

Cette fois aussi, le même spectacle recommençait. Quelques éléments n’y étaient pas, aussi le Junkie n’était plus un inconnu pour lui, mais il avait toujours cette position de faiblesse, où son esprit lâchait son corps et se renfermait sur son néant, réduit en un écho muet. S’avançant en titubant, Aki se pencha, puis s’agenouilla carrément devant ce corps inerte, il voulait que les rôles s’échangent, pour une fois, il voulait le tester, se fier à lui, recevoir son attention, et pourquoi pas, son amour ? Ah, douce euphorie, il était condamné, ne comprenait-il pas que sa torture morale serait perpétuelle ? Sa main toucha la joue creuse de son cadet. Celui-ci ne répondit point à sa caresse. Même sa peau ne frissonna pas. Rien. Il se pencha et colla ses lèvres sur le même point où ses doigts erraient un instant plutôt. Toujours rien. Pas de manifestation. Pas de réponse. Il ferma les yeux. Il voulait les fermer sur la réalité, dormir lui aussi à même le sol en lui tenant la main, fermer son cœur à double tour, qu’il ne puisse jamais rebattre pour lui, qu’il ne puisse jamais ressentir la douleur de se voir trépasser dans la solitude et la frustration, il souhaitait qu’un train vienne les écraser tous les deux, là, maintenant. Écraser le Junkie pour son insensibilité, l’écraser lui parce qu’il avait fait le mauvais choix.

Il releva sa tête avec peine. La pluie s’estompait progressivement, aussi devenait-il moins pénible de bouger et d’ouvrir les yeux sans avoir à cligner. Il saisi Shinya par le flan et le pivota afin de s’emparer de la clé qui se trouvait dans la poche de son jean, puis se releva avec peine et ouvrit la porte de la demeure, revint vers le corps inanimé et le releva tant bien que mal. Ses bras tremblaient et il avait peur de le laisser tomber et se laisser tomber lui-même, mais réussi néanmoins à gagner le living pour jeter carrément le corps trempé sur le sofa. Puis, à court d’idée, il ôta sa veste qui ne servait à rien, puis son t-shirt, et se dressa devant Shinya qui ne voulait apparemment pas se réveiller.

- Bon … murmura Aki qui frisait la panique. J’aime pas les hôpitaux, j’aime pas jouer aux infirmières alors réveille toi avant que je ne fasse une crise !

Il se prit la tête entre les mains et essaya de se concentrer. L’idée de lui faire faire une douche froide lui vint en esprit mais il la rejeta car c’était franchement stupide, il se dirigea vers la porte d’entrée, ôta les clefs de la porte et revint au salon. Absurde, c’était vrai, mais parfois c’était efficace, il mit les clefs dans la paume de Shinya sans vraiment saisir le sens de cette vieille méthode (ndlr : que je trouve marrante car stupide) puis toisa ce visage livide qui dormait sereinement. Au moins, ce disait il, un de nous est entrain de se reposer.

Ne trouvant plus grand-chose à faire, il se laissa tomber sur son chevet et s’adonna à la contemplation de se visage tellement adorable quand aucune expression méchante ne le disgraciait. Il avait oublié sa mélancolie de tout à l’heure, oublié son courroux, il songeait à cet accident qu’ils avaient manqué de peu, à quoi pensait son amant de si important et si profond au point d’oublier qu’il était au volant ? pensait-il à …

Quoi ? Impossible.

Un rire amer sorti de son gosier, il laissa tomber sa tête sur le sofa et ramena ses genoux vers sa poitrine. Il avait un peu froid, mais cette désagréable sensation n’était rien face au trouble profond avec lequel il se débattait et qu’au moindre geste de défense de sa part, l’entourait encore plus et se collait à lui comme une vilaine toile d’araignée.


Un bruit étouffé lé réveilla de sa somnolence. La nuit avait drapé l’appartement et il ne discernait quasiment rien. Il voulu bouger mais son corps ne lui répondait plus. Il était glacé.
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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Lun 12 Sep - 14:53

Il y avait un manque d’air. Un manque d’air inappréciable. Coincé dans cette pièce de même pas deux mètres carrés, l’air se faisait de plus en plus rare, il étouffait doucement. Assis au milieu de cette chambre, il languissait comme les pétales d’une fleure en manque d’eau. Il avait la gorge sèche et le goût du sang dans la bouche, encore pire que celui de l’acier. Il avait l’impression que ces murs se faisaient proches davantage alors qu’ils lui étaient déjà plus qu’oppressants. À chaque fois qu’il essayait d’abriter une nuance d’air dans ses poumons, cela partait plus loin. Ce qu’il n’arrivait vraiment pas à comprendre est le fait de s’être tiré une balle dans le pied. Un doux gris voila sa vision l’alléchant à se laisser-aller, se répandant partout et une aigre migraine lui trancha la tête en deux. Toute cette peur qu’il n’avait jamais senti revenait dans l’ensemble, des affres en manque de raison refaisaient face et il discernait clairement des sueurs froides dessiner quelques arabesques dans son dos. Les murs se faisaient encore plus proches. Encore plus proches, de lui. Et le bruit était encore plus agressant dans sa tête alors que son cœur battait la chamade, mais le plus alertant fut quand sa bouche qui s’ouvrit encore plus grand à la recherche de l’oxygène sans qu’il ne puisse la contrôler.

Et puis d’un coup, une immense bouffée d’air prit place dans ses poumons qu’il en suffoqua, la douceur du gris fut remplacée par un blanc tellement aveuglant qu’il en perdait le sens pour ne devenir rien qu’une simple lumière sans définition. Et quand le néant vint éventuellement, il avait déjà perdu la tête.

Lorsque Shinya reprit conscience, son cœur battait aussi violement dans sa poitrine qu’il en avait le souffle court. Il inspira un coup aussi grand que son corps lui permettait, voulant rassembler tout l’air de la planète pour le coincer dans ses pour poumons, rien que ses poumons, le plus égoïstement du monde. Quand sa respiration fortement saccadée fut plus calme, il porta sa main droite –plus que lourde- à l’emplacement où son cœur est supposé être et la posa mollement dessus, histoire de s’assurer qu’il était toujours emprisonné derrière sa cage thoracique. Shinya essaya péniblement de bouger son autre main et senti quelque chose de froid dans le fond de sa paume, en décontractant quelques muscles, l’objet glissa de sa main pour atterrir par terre et d’après le bruit émit par celui-ci, il devina qu’il s’agissait d’une clé.

Par terre ?

Comme frappé par ce petit détail, Shinya ouvrit subitement les yeux pour n’être accueilli que d’une pénombre encore plus sombre que celle de ses cauchemars.

Où est-ce ?

Shinya analysa rapidement sa situation, en essayant dans un effort surhumain de séparer réalité et rêve pour en conclure qu’il venait de faire un cauchemar. Mais qu’était-il arrivé avant ? Shinya respira un autre coup puis s’assit en prenant sa tête engourdie de migraine entre ses mains et tenta de son mieux de se rappeler. Et puis comme dans un coup de fouet, tout lui revint dans le même instant, comme une pellicule défilant devant ses yeux, depuis le petit matin lorsqu’il se réveilla près d’Aki, lorsque celui-ci le suivit, lorsqu’il le ramena avec lui, lorsqu’ils… son cœur rata un battement au souvenir de l’accident qu’il a été sur le point de causer, puis enfin, il se rappela de s’être évanoui, juste devant son appartement.

Il ouvrit les yeux et releva la tête pour inspecter les lieux, et à juger par l’emplacement de la fenêtre -qui laissait percer quelques rayons échappés des réverbères d’en dehors- par rapport au sofa, et par la mollesse de celui-ci, Shinya comprit vite qu’il était chez lui. Il pu deviner que ce n’était autre qu’Aki qui l’avait porté jusqu’à chez lui, simplement parce qu’il n’y avait personne d’autre qui daignera le faire, puis se rappela fugitivement de cette première nuit où il l’avait « rencontré ». C’était presque la même situation dans d’autres conditions. De pires conditions, plus ou moins. Sans vraiment oser se l’avouer, cette fois aussi, il lui était reconnaissant.

Il fit taire sa respiration et écouta attentivement, et comme l’avait-il deviné précédemment, Aki était là, à peine quelques pas de lui, dans l’autre coin du fauteuil, le souffle serein et régulier. Dans un bruit sourd, il se leva sur la pointe des pieds et s’approcha de son sauveur, puis dans le silence absolu, et après s’être assuré que le brun était toujours entrain de dormir, Shinya se pencha lentement sur le visage de celui-ci et l’observa longuement sous les quelques lueurs faufilées par la fenêtre. Il admirait incontestablement ce visage parfaitement sculpté, ces yeux magnifiquement bridés, cette bouche à la moue boudeuse de nature et cette peau à l’apparence si douce. Si douce qu’il ne pu empêcher le dos de ses doigts de se poser dessus, menant une longue caresse qui glissa de sa joue jusqu’à ses lèvres, s’y attardant quelques instants.

-Merci.

Sa voix n’était rien de plus qu’un murmure, cependant il trouva nécessaire de le dire, au moins pour ne plus en culpabiliser.

Poussé par l’envie plus que par autre chose, Shinya posa ses lèvres doucement sur celles d’Aki en prenant soin d’éviter tout mouvement brusque de peur de le réveiller. Lorsqu’il releva la tête enfin, le roux se surprit de ne pas être déjà repoussé mais de voir que l’autre était toujours dans les bras du Morphée et s’éloigna aussi silencieusement qu’il était venu, en déglutissant difficilement, ne croyant toujours pas ce qu’il venait d’oser.

A défaut d’occupation, Shinya se dirigea vers la salle de bain, impatient de prendre une douche bien chaude, espérant rincer toutes les traces de pluie de cette journée, et d’autres encore. Il ferma la porte et se déshabilla rapidement pour glisser sous le jet d’eau brulante en y délectant chaque parcelle, se contentant de la sentir glisser sur sa peau, se faufiler dans les recoins de son épiderme, dépurer ses cicatrices, noyer ses péchés. Même sous son minable jet d’eau, il avait l’impression de se baigner dans une cascade. Car n’importe de quelle eau cela s’agissait, tant qu’il pouvait sentir son humidité, il la chérissait.

Lorsqu’il en eu assez, il ferma le robinet, frissonna l’instant d’après de l’air qui vint à la rencontre de son corps nu, puis noua une serviette autour de sa taille et sorti. En ouvrant la porte de la salle de bain, les lumières allumées furent tellement aveuglantes qu’il cru un instant s’être trompé d’appartement, si seulement ce n’était pas de sous sa douche qu’il venait de sortir. En s’avançant vers la source de l’agitation, le roux retrouva un Aki affairé jusqu’au cou dans la cuisine, cherchant dans tous les tiroirs quelque chose que lui-même ne savait pas de quoi s’agissait, de l’eau bouillante entrain de siffler sur la table de cuisson.

Il s’avança doucement vers la bouilloire et éteignit table de cuisson qui a été oublié, puis en se retourna vers le brun qui ne l’avait apparemment pas remarqué venir, selon l’expression banalement collée sur son visage.

-Il n’y a pas grand-chose à manger ici, je suis pas encore allé faire les courses dernièrement, mais tu peux trouver des spaghettis dans ce placard là, fit-il en pointant de son doigt l’endroit sensé.

Shinya saisi la bouilloire, s’agrippa à un placard pour en tirer deux grandes tasses puis prit une boite à sachets de thé et s’éloigna vers le plancher en posant le tout dessus et en maniant calmement les simples ingrédients.

-Moi, je vais nous faire du thé.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Mar 13 Sep - 19:42

Il ferma les yeux et sourit. Peut-être que sa tête était proprement fourrée dans le placard qui contenait moult paquets d’aliments diverses et polychromes mais son esprit, quant à lui, re-gouttait inlassablement à ce plaisir vif, bref certes mais qui avait suffi à le clouer sur place. Rien que le souvenir de cette proximité innocente et tellement attendrissante lui mettait feu au corps. Il se senti bête mais béat. Il ne songeait plus au but de son exploration de la cuisine mais à autre chose, une chose uniforme, douce au toucher, plus délectable qu’un chocolat noir soixante dix pour cent cacao, plus exquise qu’un café express écrémé et brûlant après sept heures de sommeil. Une chose pas très pratique, qui a ses humeurs, son sale caractère aussi, ni cru ni cuit, à point, qu’il voulait sur un plateau d’argent. Une pomme sulfureuse.

Il avait envie de manger une pomme. Car c’était la faim qui l’avait réveillé, le bruit, ou plutôt le gargouillement de son ventre vide depuis le matin avait vite transformé l’envie de dormir à celle de manger. Il voulu bouger mais ces membres engourdis ne lui répondaient plus, aussi ferma-t-il les yeux le temps de reprendre ses forces. C’est ce moment là qu’avait choisi le Junkie d’émerger des profondeurs de son sommeil. Aki n’osa pas ouvrir les yeux, sa subconscience et Dieu seul sachant la raison, et il resta calme, dans une position inconfortable puisqu’il était dormi assis, et guetta non sans une certaine agitation les mouvements de Shinya.

Mais le Junkie se faisait si discret qu’Aki cru qu’il s’était rendormi. Son hypothèse s’avéra fausse quand il fut réveillé de sa demi-somnolence par un mouvement souple là, tout près de lui. Il voulu à cet instant donner son âme au diable pour avoir un autre œil qui puisse observer de loin ce qui se tramait si près de lui, mais qu’il n’osait voir. Son cœur rata un battement quand sa main se posa sur sa joue. Cette main faite de cire, de la couleur du sable frais des Bahamas, avec ses doigts frêles et toute sa morphologie homogène et gracieuse se promenait timidement sur sa joue froide et dure comme du béton. Son souffle se faisait plus perceptible et Aki se fit violence de rester stoïque devant la pression et l’envie. L’envie d’ouvrir les yeux et de lire dans les siens la raison qui le poussait à manifester tant de tendresse dans son geste. Regrettait-il son irresponsabilité, était-ce un pardon pour sa maladresse qui avait failli leur coûter la vie ?

Merci. Le mot à peine chuchoté sonnait doux et mélodieux, presque affectueux. Aki se tendit à l’extrême. C’était une première et il fallait qu’il joua l’endormi pour ça. Il se maudit de n’avoir pas ouvert les yeux plutôt, il avait du mal à concentrer son émoi. Son cœur tremblait. Et puis vint le geste qui l’acheva, quand il prit la peine de poser ses lèvres sur les siennes, Aki devint livide.

Emergeant du placard qui sentait le renfermé, un sourire stupide était toujours collé à ses lèvres, l’air absent, il continuait à errer dans cet espace restreint, ouvrant et fermant placards et tiroirs, sans même jeter un coup d’œil sur leur contenu. Des pommes, oui, mais ou ? Dans la salle de bains ? Arrête.

Aki soupira, il essaya de se concentrer sur sa tâche, y mit toutes les forces de ses nerfs fragiles et réussi à émerger des brumes du désir qu’il éprouvait constamment et inconditionnellement pour Shinya, et son estomac vide aidant, il redevint obscur et se renferma sur sa tâche.

Son œil se posa sur la bouilloire. Bien, se dit-il, un point de départ. Il la rempli à ras-bord d’eau et la posa sur la flamme. Ensuite il se mit à la recherche de quelque nourriture énergisante et délicieuse qu’il puisse mettre sous la dent. Il avait envie d’une bière bien fraîche. Ses pensées incontrôlables se dirigèrent non vers le souvenir du baiser que lui a offert Shinya mais vers l’accident. Il revit ce film horrible et violent non sans grimacer. Il tenta d’oublier mais la saccade faisait toujours aussi mal. Il tenta de refouler son amertume envers l’attitude de Shinya mais ne pouvait s’empêcher de lui reprocher ceci, il avait besoins d’explications.

-Il n’y a pas grand-chose à manger ici, je suis pas encore allé faire les courses dernièrement, mais tu peux trouver des spaghettis dans ce placard là.

Cette voix monotone le tira de ses pensées et il se surprit de ne l’avoir pas vu venir. Quand il pensait à quelque chose qui le contrariait, il se raidissait toujours, et devenait un parfait abruti. Aussi ne comprit-il pas quand Shinya pointa du doigt un certain point dans cette pièce qui sentait le remous.

Au fait, la fièvre émanait de son intérieur, cet intérieur versatile et franchement dégueulasse, cet intérieur qu’un simple baiser pouvait rendre mou, cet intérieur qu’un souvenir durcissait comme un roc.

_ Dis moi, fit-il en se retournant complètement vers Shinya tout en essayant de se contrôler au maximum, Je veux savoir ce qui t’a poussé à faire ce geste. Je parle de quand tu t’es, délibérément ou pas, engagé dans la route opposée, tu avais bien des arrières pensées, hein ? A quoi pensais-tu quand tu as tourné le volant ? A nous tuer ? Tu sais bien qu’il est difficile de contrôler une voiture quand la route est humide ! Tu devrais savoir aussi que ton attitude défectueuse me met en rogne !

Au fur et à mesure que les mots coulaient comme une lave ardente de sa bouche, Aki élevait la voix. Il avait du mal à se contrôler. Il voulait se taire, faire taire ce démon qui se jouait de lui, il savait que Shinya réagirait vraiment mal, qu’il dénierait l’accusation, puisqu’il n’avait rien fait. Mais il n’était bon que pour ça : ruiner tout ce qu’il mettait tant d’efforts à bâtir. Il voulait se donner raison. Il n’en avait aucune, seule une défectuosité mentale pouvait expliquer la tournure de ses pensées. Il sentait qu’après cette tirade odieuse l’estime que lui portait Shinya tomberait jusqu’au négatif, et qu’il lui en vaudrait pour ça.

Un de ces silences maintenant courants les enveloppa une fois que le souffle d’Aki redevint calme. Il était confus.

_ Tout ce que je veux savoir … enfin … oublions ça, tu avais eu peur toi aussi, hein ? Dis moi pas que tu voulais te faire écraser ! C’est … c’est stupide, tiens, quand tu t’es évanoui, je me suis dit que tu avais vraiment eu peur… viens … viens là …

Aki, penaud, ennuyé, déstabilisé, balbutiant, passa sa main sur son visage. Sur le visage de Shinya s’affichait un air outré. Les sautes d’humeur d’Aki devaient l’effrayer… Aussi mettait-il du temps à répondre à l’invitation d’Aki qui lui ouvrait les bras …


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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Mer 14 Sep - 21:37

Shinya mit quelques instants avant de réagir, à l’entente de ces dires sortir de la bouche d’Aki, il en resta sidéré pour deux secondes qui lui parurent encore plus longs et interminables qu’une éternité. Lorsqu’il se retourna vers son interlocuteur la bouilloire en main, il avait déjà carrément oublié qu’il était entrain de verser de l’eau dans les tasses et se contenta de guetter ce qui se présentait devant lui : un Aki sur le bord de sa crise de nerfs. Il craint même un instant de recevoir une gifle en plein visage, tellement cette rage émanant du brun lui glaçait le sang qu’il ne savait plus que prévoir. Dans ses yeux brillait une lueur de folie dissimulée derrière cette colère, qui apparemment ne lui fallait-il même pas un mot pour en attirer les foudres.

Déjà l’avait-il accusé d’être suicidaire et il en avait fermé les yeux dessus plus d’une fois, mais aller jusqu’à penser qu’il aura pu être assassin et voulu le tuer avec lui, croire qu’il s’était engagé dans la route opposé de son plein gré et le considérer comme un fait. Il en était simplement incapable, incapable de passer l éponge. Il voulut même demander à Aki la raison qui le tenait à rester chez lui alors qu’il venait de le proclamer juste là maintenant comme un danger public. Alors qu’il considérait dans son fort intérieur que c’était bien exprès s’ils s’étaient retrouvés par sa faute sur les portes de la mort.

Il était… speechless.

Dans sa tête, la stupeur qui avait prit possession de ses idées auparavant venait de céder sa place à une confusion singulière. Tout s’embrouillait qu’il en arriva à se demander s’il ne l’avait pas vraiment fait exprès, de s’engager sur la route opposé, s’il ne s’était pas simplement abandonné à ces envies que lui-même ne savait pas de leur existence, cette amertume d’en avoir assez de la vie. Etait-ce la pluie ? La fièvre ? La lassitude ? La mélancolie ? Tout bonnement l’inadvertance ?

Il ne pouvait plus juger, il ne pouvait plus rien, même pas bouger ses doigts. Surtout si c’était pour s’approcher d’Aki.

Non, il ne voulait pas se faire écraser. Oui, c’est stupide. Oui, il s’est évanoui. Non, il ne pouvait pas venir.

Shinya regarda Aki lui ouvrir les bras, une invitation. Peut-être, à peine quelques minutes plus tôt, il aurait bien répondu, il s’y serait blottit volontiers de tout son être. Cependant, maintenant, il ne pouvait pas, il ne pouvait plus. Shinya gardait ses yeux fixés sur Aki, de cet air sonné qu’il ne pouvait contrôler. Et quand reprit enfin conscience, il commença à reculer en arrière jusqu’à ce que ses pieds s’heurtent au bas du plancher. Il faillit lâcher la bouilloire puis se retourna vers le plan et le posa dessus le plus calmement possible.

-Putain…

Il s’était longtemps débâtit intérieurement, pourtant, le seul mot qu’il a réussi à sortir de sa bouche n’était rien d’autre qu’un juron. Il avait à dire, il voulait se défendre et pas au même temps, il y avait tellement de choses qui essayaient de se frayer chemin hors de sa bouche que sa gorge en demeura nouée. Ses mains s’agrippèrent aux deux tasses brûlantes posées devant lui comme si sa vie en dépendait, comme s’il voulait en aspirer du courage, tout le courage dont il a besoin pour répondre, pour parler tout court.car il n’en avait pas, du tout.

-Tu le penses vraiment ? Que je l’aie fait exprès, c’est ça ? Tu penses vraiment que je voulais nous tuer de mon plein gré ?

Sa voix, amère et brisée, se mourait dans sa gorge. Il tremblait presque, tellement il se sentait faible face à une telle accusation.

-Car c’est ce que tes paroles veulent dire, que je viens de mettre en évidence ton hypothèse du suicidaire que je suis, c’est ça ? Et puis tu penses que je n’ai pas eu peur ? Tu as déjà pensé que je suis resté de marbre face à une telle horreur et il a failli que m’évanouisse pour que tu ailles une preuve du contraire ?

Ce n’était déjà plus une question mais une exclamation, une révélation qui prit le soin de l’époustoufler et de fendre son cœur comme s’il ne s’agissait que d’un objet sans utilité. Chose qui était probable et vraie, probablement vraie.

-Mais encore…

Deux mains se posèrent sur ses épaules et il s’arrêta de parler, frissonnant sous la froideur de celles-ci. Shinya se rendit compte qu’il était toujours nu sous sa serviette, que ses cheveux étaient toujours humides et qu’il avait froid, aussi froid qu’il en tremblotait. Il regardait les deux tasses qui sont devenues soudain d’un tel intérêt, lui qui venait d’oublier la suite de sa phrase.

Shinya détacha ses mains des tasses et se retourna, lentement, craignant la réaction que pourra déclencha tout mouvement brusque. Il avait cette flagrante envie de se laisser tomber par terre, à genoux, juste ici, et pleurer tout les larmes de son corps, sans aucune raison particulière. Sangloter son désarroi et cette lypémanie qui s’amplifiait en lui. Un courant d’air passa comme pour gratifier ses mauvaises pensées. Ce qu’il a toujours craint était là. Il se sentait abandonné.

Sans arrière-pensées, Shinya se jeta contre le corps qui se tenait comme un mur devant lui, il se blottissait de toutes ses forces contre son torse, ses bras s’accrochant fermement à son dos comme à la dernière bouée de sauvetage. La chaleur de ce corps le brûlait. Or, son possesseur venait de lui témoigner que c’était bien un antre d’hostilité.

-Bon dieu, ce que tu peux être con
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Jeu 15 Sep - 0:38

Aki sentait un mince filet de sueur dégringoler le long de son échine comme un caillou dévalant une falaise lisse et légèrement cambrée. La force de ses fourbes s’est estompée une fois la stupidité de sa tirade mesurée. Quel con … Il ignorait parfaitement la raison de son comportement excessif, et en même temps, ne pouvait réfuter la flagrante réalité que ses gestes prouvaient avec outrance : Il devenait carrément fou. Il n’arrivait plus à ouvrir la bouche. Il avait peur de s’enfoncer encore plus, de mal choisir ses mots, se méprendre, déraper, trébucher dans ses propres mots et se brouiller, mêler les fils et prendre ses accusations insensées pour de la prophétie. Non, il ne voulait pas encore céder à ce fil tordu dans sa mémoire qui le guidait vers une ponte dangereusement oblique et sans fondement. Sa perte.

Shinya, qui semblait avoir perdu les pédales, n’avait pas répondu à son invitation. Loin de vouloir se réconcilier, il préféra méditer sur les paroles d’Aki, ces paroles même qu’il regrettait avant même de prononcer, cette kyrielle de connotations folâtres et qui sonnaient aussi faux que la cloche de midi, n'étant pas tombées dans les oreilles d’un sourd, elles dansaient maintenant et chantaient leur messe insalubre dans la tête de Shinya. Aki pouvait percevoir toute cette agitation interne qui gagnait ce petit corps encore frais, il pouvait deviner l’impact de son attitude morbide et ne s’en trouvait que plus affecté. Il voulu s’approcher de lui mais ses paroles l’arrêtèrent. Il l’avait cru. Il avait bien saisi le sens de son ignominie et la modelait, se débattait pour l’arracher de son esprit, fermait et ré-ouvrait ses charmantes paupières dans l’espoir de voir s’estomper l’effet déroutant du diagnostic de ce docteur incompétent …

Aki s’en mordait le poing. Il s’approcha de lui, cette tendre chaire, posa ses mains sur ces épaules parfaitement croquées et ferma les yeux. Il se concentra sur sa respiration régulière et attendit. Ses paumes pouvaient sentir la tension dans ce corps adoré, les nerfs qu’un sang bouillant gonflait dansaient sous cette peau que le froid rendait blafarde. Il essaya de l’apaiser, lui-même au summum de la pression, prêt à tout laisser tomber et fuir, fuir son corps et s’évader dans un monde parallèle ou seule la vue de son éphèbe suffira à le combler. Il se mordilla la lèvre, voulu dire quelque chose, n’importe quoi, mais se ravisa. Le silence pouvait parfois effacer l’aigreur et apaiser les esprits. Quoi ?

Il se traitait de fou. Mais il ne l’était pas, il était juste un peu tordu, il avait une cavité dans son esprit qui laissait parfois échouer des informations insensées, les transmettait à son subconscient et les rendaient aussi vraies que des versets sacrés. Il était conscient que quelque chose tournait mal dans sa boite crânienne, craignait le pire, voulait protéger son amant de ses sautes d’humeurs parfois néfastes, fuyait cette maison aux aurores de crainte de déclencher une dynamite. Mais cette fois il ne se contrôlait plus : d’un coté, il devenait sérieusement obsédé par cette personne qui déclenchait en même temps des réactions chimiques négatives dans son esprit.

Il avait mal à la tête. Il avait envie de laisser reposer cette roche dans un coin, l’arracher du reste de son corps et la jeter quelque part ou il ne sentira plus les ondes vives lui brûler le cœur. Shinya bougea, pivota lentement et se mit face à lui. Les quelques centimètres qui les séparaient l’obligeait à baisser la tête, mais il n’osait plus voir le fond de ses prunelles, il n’avait ni le courage de l’affronter, ni la force d’implorer son pardon, ni la patience d’endurer des échecs successifs à ses tentatives de réconciliation. Il retint son souffle. Ne pensa plus un mot. Tout était entre les mains de Shinya. Il avait le pouvoir de tout casser, tout envoyer en l’air. Par un simple mot. Make it or break it.


Un corps doux se nicha au creux de ses bras comme un petit chiot réclamant de l’affection. La fragrance de sa chevelure satinée lui brûlait les narines. Son cœur gonflait et il renferma maladroitement ses bras sur ce corps froid et moelleux. Des atomes positifs dansaient devant ses yeux et se sentit renaître d’une peur mortelle, celle de devoir s’effacer de sa vie. Il laissa ses mains se promener sur cette peau tellement fine et pleine de petites voûtes qui lui donnait une musicalité parfaitement accordée. Aki se senti tellement inférieur, tellement mal proportionné qui eut envie de se cacher dans un trou de souris. Ses mille et un piercings lui semblaient grossiers, ces multiples tatouages bêtement collés ça et là sur sa peau disproportionnaient encore plus l’anomalie physique dont il souffrait. Il chérissait cet individu que son naturel frôlait la sainteté.

- Je suis désolé vraiment désolé, je suis stupide, à la ramasse, je m’excuse j’aurais pas dû manquer de tact, je pense rien de ce que je disais, tu sais très bien, je dis n’importe quoi j’aurais du t’écouter et préparer à manger au lieu d’ouvrir ma gueule.

Desserrant son étreinte, il obligea Shinya à lui faire face. Il était tellement beau, comme ça, vide comme une statue grecque, balayé de toute émotion, tellement profond qu’il s’en trouva impressionné. Inutile de chercher s’il lui pardonnait ou pas. Il l’aimait comme ça. Allé, dis-le.

Il remonta sa main et lui caressa les cheveux. Il compara ses gestes à ceux d’un dresseur de chiens quand celui-ci cherchait à nouer contact avec cette espèce à la fois semblable et différente de l’humain. Sentait-il une certaine alchimie entre son âme et celle qu’il était destiné à idolâtrer ? Il posa ses lèvres sur celles bombées de Shinya. Parce qu’il avait peur de sa réponse. Il ferma les yeux. Il avait peur, mais ce malaise différait de celui ressenti lors du faux accident. C’était une crainte plus profonde, qui l’obligeait à fermer les yeux et qui ralentissait les battements de son cœur. Une transe qui lui creusait la cage thoracique avec une foreuse, celle-ci guidée par la force du vouloir de Shinya, que sa main dirigera lentement cette machine droit vers son cœur pour l'écraser.

Son échine frissonna lorsque leur baiser s’approfondi. Ça avait le goût des arrières pensés, des non-dits, un goût dissimulé entre les plis de leurs mémoires qui imprimait chaque seconde de leurs vies dans leurs sangs, cette mémoire rancunière qui laissait son poison amer se propager, et qui menaçait à chaque seconde de faire ses ravages. De longues, longues secondes passèrent ainsi, pieds sur un fil transi, un fil de glace qui figeait leurs cœurs ainsi que le temps. N’avait-il pas qu’une seule chose à dire pour faire fondre cet iceberg qu’il tenait entre les bras ? Va t’habiller ?

Mais avant qu’il ne fasse le moindre geste, Shinya l’avait repoussé et se précipitait vers sa chambre. Clac. Sa main resta étendue, ses doigts dessinait dans le vide la belle forme de ce visage qui à présent fuyait aussi la réalité.
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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Ven 16 Sep - 10:51

Il était vulnérablement blottit contre ce corps dix fois plus fort que le sien, dans ces bras qu’une partie de lui souhaitait, sans qu’il ne se rende compte, de ne jamais s’en éloigner. Ses mains qui s’étaient férocement agrippés à ce dos commençaient à perdre leur énergie et se contentaient de parcourir mollement ce dernier y traçant quelques sillons invisibles. Shinya aura préféré garder encore cette chose qui l’a poussé à se jeter carrément dans les bras de son amant. Cette peur, qui s’était emparée de lui aussi cruellement que soudainement pour qu’il agisse si rapidement sans y penser, s’est disparue juste comme elle était venu, évaporée, dans l’air. A présent, il était plutôt perplexe, il n’avait aucune envie de se détacher d’Aki, bien au contraire, car même en devenant plus las, il avait toujours quelques traces de cette trouille irraisonnée, et se sentait bizarrement en sécurité alors que tout son système cérébral lui hurlait qu’il avait tord, que c’était justement là le danger.

Il écoutait bien les paroles du brun, les analysait un à un et s’assurait lentement de leur véritable sens. Le ton de sa voix semblait honnête, légèrement tremblant, teinté de frayeur, il le croyait déjà, il y croyait les yeux fermés, en ses excuses. Comme ça, tout son cœur y était, croyant que si son amant implorai son pardon c’est bien car il le voulait, il le savait, il le voyait. Pourtant, il y avait comme un instinct vital qui lui interdisait de faire quoi que ce soit, de prononcer n’importe quel mot ayant la possibilité d’améliorer les choses. La tête toujours niché dans le cou d’Aki, il ferma les yeux et tenta de répondre, dire que ça ira, qu’il le croyait même s’il n’arrivait toujours pas à oublier, que ses excuses étaient acceptés.

Shinya ouvrit les yeux soudain en se répétant une nouvelle fois ce qu’il venait de pensé : il avait accepté ses excuses ? Il n’en avait pas trop médité pourtant, il voulait simplement le prononcer, le dire pour s’en débarrasser une bonne fois pour toute. Mais cela signifierait-il qu’il l’avait pardonné ? L’avait-il pardonné ? Etait-ce la même chose ? Mais le pardonner pourquoi d’ailleurs ? Il ne voyait plus grande raison, la seule chose qu’il voyait grand et clair est que ses nerfs avaient commencé à craquer.
Les bras d’Aki qui lui procurait cette chaleur oh si réconfortante se desserrèrent et une main vint doucement prendre son menton pour remonter sa tête vers celle de son bourreau. Dans son for intérieur, il y avait toujours une crainte des réactions de cet être si étrange, se tenir comme ça devant lui le déstabilisait et l’impression d’être mis à nu le surplombait. Ce regard qu’il portait sur lui le rendait perplexe, tantôt brûlant tantôt froid, le matin enragé le soir doux, il ne savait plus d’où s’y prendre. Cette fois si, il le cru implorant avant que ses prunelles ne s’y perdent complètement, il y avait bien autre chose que cela, une chose qu’il ne pouvait définir ni juger, une chose qu’il n’osait penser.

Il y avait trop de tension dans ce face à face que son corps entier se mit à frissonner, pourtant, aucun d’eux ne daignait esquisser un geste. Ou plutôt, aucun d’eux ne daigna esquisser un geste avant qu’Aki ne prenne l’initiative de l’embrasser tendrement, ses lèvres s’étaient doucement posées sur les siennes en l’empêchant de penser pour les quelques secondes qui suivirent, il ne pu ni le répondre ni le repousser. Puis, instinctivement, ses propres lèvres répondirent à l’appel en cherchant encore plus de plaisir, voulant aller un peu plus loin. Mais où ? Il ne savait toujours pas où ce jeu dangereux le mènera, il avait l’impression de jouer à la roulette russe, se collant à quelqu’un qu’il redoutait.

Ses mains s’apprêtaient à retourner dans le dos de son ainé lorsqu’il prit conscience de ce qui tramait dans sa tête depuis le début, lorsqu’il comprit enfin ce que son cerveau tentait de lui expliquer. Car il l’avait senti, ses lèvres la lui avaient transmise, cette incertitude en lui. Aki était indécis, il le sentait, juste ici, au bout de ses lèvres. Sur le coup, la seule autre chose qu’il pu ressentir fut cette impression de connerie immesurée qui s’empara de lui. Aki ne savait pas ce qu’il faisait, il ne l’avait jamais su, il n’avait jamais rien su. Et lui, bêtement, il croyait tout ce que ses oreilles recevaient, il avait failli faire un accident de sa faute et devait en supporter les réprimandes pour ne pas le lui avouer. Même ses excuses ne ressemblaient plus à rien à présent, il avait l’impression d’être poignardé dans le dos, trahi.
Il le savait pourtant, que toute cette comédie n’était que dans sa tête, néanmoins, il ne pouvait repousser cette idée qui lui démontrait avec le temps sa raison, cette idée de s’être prit les pieds dans un piège mal dressé. D’être tombé dans le panneau et de ne le réaliser qu’en permettant à ses sentiment de prendre place dans ce jeu malsain où il s’est brulé non seulement les ails mais aussi avait-il abandonné sa raison, et bien prochainement son cœur.

Ne sachant plus que faire, Shinya repoussa dans un mouvement rapide Aki et couru presque s’engouffrer dans sa chambre en claquant la porte derrière. Et c’est seulement arrivé là qu’il se rendit compte de son état, le dos dégoulinant de sueur et l’esprit embrumé, il se dirigea vers la fenêtre pour l’ouvrir grand tellement la chaleur dans cette chambre était incroyable. Ou bien était-ce en lui la chaleur ? Sans plus s’y attarder, il ouvrit l’armoire et sorti un caleçon et un jean qu’il enfila à la hâte, ne supportant plus être si léger et à la fois si lourd. Il ne savait plus que penser, que faire ni que venait-il de faire, sa tête était dans un chaos total, lui faisant sentir quelques maux cuisants par ci par là. A court d’idée, Shinya prit une cigarette qu’il alluma avant de se laisser glisser par terre dans le coin le plus dissimulé par l’ombre de la chambre, bien loin de la porte. Il renversa sa tête en arrière et s’adonna ce plaisir fugitif certes, mais aussi bienfaisant. Il n’avait pas fumé depuis le matin et ne s’était shooté depuis déjà presque trois jours, l’effet qu’avait Aki sur lui semblait être étrangement dangereux. Jusqu’à lui faire oublier de prendre sa dose, que ce ne soit que de la douce, ce n’était plus vraiment normal à ce point là. Et si ce qui venait de lui arriver était une crise de manque ? Il chassa l’idée de sa tête bien vite, ce n’était pas comme ça qu’il l’avait lui. Et pis il fallait qu’il arrêter de blâmer son addiction pour tout.

Shinya, à fond dans sa méditation de ce qui a pu le pousser d’agir de la sorte, se surprit de sentir une présence tout juste devant lui, une présence qui ne pouvait être autre que celle d’Aki. Il ne l’avait pas entendu entrer, pourtant, sa silhouette dessinée dans le noir était plus sombre que la pénombre régnant dans la chambre. Faiblement, il baissa la tête pour éteindre sa clope à même le sol, qui heureusement n’avait ni moquette ni autre, puis la redressa en ramenant ses genoux contre sa poitrine et en les entourant de ses bras. Il avait l’impression d’être si petit et voulu demander à Aki qu’y avait-il, cependant, aucun son ne sortit de sa bouche et il la referma aussitôt en ravalant sa salive.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Ven 16 Sep - 21:15

Figé, les muscles durcis, la bouche pâteuse, il ne savait que faire de ce corps afin de dissiper le malaise qui le rongeait et l’empêchait d’avoir des pensées lucides. Ne s’était-il pas habitué aux situations critiques ? Ces moments ou l’on se sent submergé par la lassitude, ou notre corps est engourdi, ou chacune de nos tentatives aboutissent à un cul-de-sac, ou l’on se trouve impuissant, tellement inefficace que l’on devient inutile. Aki subissait un énième échec, mas cette fois toutes forces l’avaient trahies, et devant l’inutilité de sa raison, il dû se rendre à l’évidence : il n’avait plus d’alternatives.

Il avait rompu le contact. Pour une raison ou pour une autre, il n’avait pas digéré la sincérité des aveux d’Aki, il avait choisi le refus, l’inacceptation. C’était un échec cuisant pour Aki, une douche froide et il du se plier devant la cruauté de cette journée qui ne cessait de pointer le bâton de malheur sur leurs têtes. Si seulement ils avaient dormi jusqu’au matin, et qu’au réveil, leurs cerveaux auraient subi un lavage intensif ainsi que leurs âmes auraient été purifiées de toute trace de rancune, de doute et de haine. Un berceau nouveau les accueillera et ils pourraient tranquillement faire de longues promenades, cueillir des roses, pécher des petites sardines, grimper sur des arbres, jouir de la chance qu’ils ont enfin, d’être unis.

Ravalant sa salive, il entra dans le sanctuaire obscur et froid comme un cercueil ou Shinya s’était enfui pour … fumer. Génial. Aki grinça les dents à la vue du Junkie nonchalamment prostré par terre, clope à la bouche, yeux dans le vague, brume ultra-nicotinique voltigeant joyeusement autour de lui. Fidèle à lui-même. Il s’approcha de lui pour mieux de discerner dans le noir et celui-ci, se rendant compte de sa présence, ramena ses jambes à sa poitrine comme s’il avait vu un cafard. Un vent glacial entrait par effraction d’une fenêtre laissé ouverte, chose qui rendait l’atmosphère insoutenable.

Pourquoi avait-il l’impression de tourner dans un cercle vicieux ? Le même cheminement des événements, lui, toujours à la ramasse, tandis que l’autre, eh bien, parfaite imitation d’un livre fermé à clef, ne contenant que des pages jaunes vides de toute trace de vie. Tout ça, le truisme de cette situation délicate, ainsi que sa complication, lui donnaient envie de s’arracher les cheveux. Mais il n’allait pas le faire.

Il s’assit à même le sol, afin de réduire la trop grande distance entre eux deux, médita un instant, essaya de choisir ses mots, se confondit, fit taire le galimatias que lui criait son cœur, ferma ses paupières puis les ouvrit. Pas une mouche.

- Ecoute, je vais être franc avec toi. Insatisfait, il secoua la tête. Tu sais quoi ? Je l’ai toujours été, je t’ai jamais menti, tu le sais, non ? Arrête avec tes questions stupides, Je voulais pas blesser ton orgueil, mais tu vois, je, non, je vais arrêter de me donner des excuses inutiles, soupir, il transpirait, Tu peux me blâmer, j’t’en voudrais pas, mais tu voix …

Aki s’arrêta, à bout de souffle, son cœur battait très fort et ça le déstabilisait, il s’était adossé au mur et évitait de regarder son amant, craignant une réaction négative de sa part. Il se sentit fatigué, voulu tout laisser tomber et dormir là, sur le sol froid, bercé par cette odeur piquante du tabac et ce froid irritant.

- Je veux savoir ce que tu penses, ce que tu ressens quand je suis intransigeant avec toi, ou quand je ne le suis pas. Je voudrais tellement savoir ce qui se trame dans ta tête… Mais tu ne dis rien, motus et bouche cousue, hein ? Il émit n rire rauque puis enchaîna, une pointe d’amertume dans ses paroles, ça me mets dans tout mes états, parfois, je sens que je parle au vide, à une chose indéfinie dont je ne saisi pas le fond de la pensée. Je ne veux pas te forcer mais je n’arrive pas à supporter ce mutisme constant … Il y a toujours un froid entre nous, un mur en béton qui refuse de se laisser abattre, je ne sais pas pour toi mais moi je veux bien qu’on enlève tout ça, la rancune, le mépris, le mensonge. Je veux te connaître, comme un humain et non comme un partenaire sexuel.

Il avait du mal à parler, sa voix lui faisait mal à la gorge, chaque mot qui sortait de sa bouche ne le libérait pas, au contraire, il avait constamment peur d’avoir mal choisi ses mots, ou pire : que Shinya s’en foute. Et cet effet paradoxal l’anéantissait.
Dans un dernier souffle, un chuchotis monta le long de son gosier, sorti d’entre ses lèvres comme le battement furtif des ailes d’un papillon.

- J’ai du mal à saisir moi-même pourquoi je suis autant obsédé par toi …
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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Jeu 22 Sep - 21:42

Il était à court d’idées, et de mots aussi. Un étrange malaise flottait dans l’air et il hésitait entre se blottir contre son torse et s’enfuir loin, hors de sa vue. Shinya leva la tête, lentement, sans faire le moindre bruit. Il scruta les lieux comme si c’était la première fois qu’il les voyait, tourna sa tête à droite puis à gauche fuyant les yeux d’Aki qui le cherchait puis la retourna de nouveau, soupira bruyamment et passa sa main sur sa nuque, tout ses mots l’avaient abandonné. Il essayait tant bien que mal de dire quelque chose, d’y penser même, émettre un son, manifester sa présence, cependant, rien n’acceptait de sortir. Et puis dans un instant de faiblesse et d’hardiesse, deux sentiments contradictoires qui s’emparèrent de lui du même coup, il lui déballa cette vérité qui s’amusait à lui tourmenter le cœur sans réfléchir. Car comme on disait, c’est une perte de temps de réfléchir quand on ne sait pas penser.

-T’as l’air d’un brave gars, tu sais. Enfin, ce n’est pas du tout ce que j’ai pensé de toi la première fois, mais ça l’est pourtant. Vrai je veux dire. Et puis encore, tu m’emmerdes la plupart du temps, ça me casse les pieds. Tu le sais ça je pense, non ? Et tu m’effraies aussi de temps à autre, tu me glace le sang dans des situations où ne le faut vraiment pas. Et tes sautes d’humeur, ça me tape littéralement sur le système nerveux, tu vois ce que je veux dire ? Ça me donne juste envie de m’arracher les cheveux. Et pourtant, je trouve toujours que t’en as l’air, d’un brave gars. C’est pas trop courant ici, mais tu m’as porté deux fois quand j’ai perdu connaissance, bon, t’as pas pris soin de moi avec joie probablement, mais pratiquement, tu l’as fait. Et tu sais quoi enfin ? Moi, je n’ai pas l’habitude des braves gars, je n’en ai jamais rencontré, et le fait que tu sois un me frustre que je ne sais pas comment m’y prendre. Tu sais, durant toute ma misérable existence, je n’ai rencontré que des cons, des lâches et des sales types. Ce n’est pas pour me vanter, mais… disons que j’ai une expérience avec cette gente là.

Shinya s’arrêta, à bout de souffle. Il passa une main dans ses cheveux, les remit en arrière puis reprit.
-Voilà pourquoi, parce que c’est comme ça que ça marche avec les autres, c’est comme ça que je dois agir. Et déjà avec toi, c’est un succès. Mais tu sais quoi encore ? Je me demande bien si tu veux vraiment savoir ça.

Il s’arrêta de nouveau, leva la tête et la pivota vers son interlocuteur sans vraiment pouvoir discerner une quelconque expression sur son visage, le noir diminuant ses effort en néant. Il approcha quand même sa main du visage qui a réussi à se distinguer légèrement et la passa dessus en caressant sa peau douceâtre. Il y avait de la douceur, il le savait, et ça ne l’enchantait pas du tout, il avait l’impression de faiblir de plus en plus, et puis de raconter des niaiseries comme ça à hue et à dia ne faisait pas de lui quelqu’un de très équilibré. Il se sentait con mais ne pouvait en faire autrement, sa faiblesse entrainait avec elles des contrecoups et il devait les assumer. Fallait finir ce qu’on a commencé, c’est ce qu’il savait et advienne que pourra.

-Et bien, enfin, je ne sais pas trop comment le formuler, mais je ne suis pas quelqu’un que tu voudras bien aimer, ni même perdre ton temps avec, tu vois ? Non, non, bien sur, ça ne veut rien dire.
Il se sentait seul au milieu de rien, il devait avouer sa vérité. La lui avouer. Shinya laissa mollement tomber sa main.

-C’est que, je suis,… abimé. Un peu. Enfin, beaucoup. De partout, tout entièrement, chaque minime parcelle de moi, mon corps, ou mon esprit est abimée. Tu vois ? Tellement abimé qu’il n’y reste que des cendres, des cendres que j’ai reconstruit de moi-même, sans aucune aide, et je refuse absolument de me faire démolir de nouveau. Voilà quoi. Ce que tu as, cette attitude nerveuse mais froide, ce sont mes cendres bâtis sur un château de cartes. Je ne voulais pas te faire mal non plus moi, je ne veux faire mal à personne, je suis plutôt je-m’en-foutiste car abimé. Mais je n’y peux pas grand-chose, c’est en moi, cette chose distante et taciturne, c’est moi.

Il se recula un peu et se prit la tête entre les mains. Il foirait, il était entrain de foirer, de gâcher, d’anéantir tout ce qui lui passait sous la main et maintenant son tour est arrivé. Si jamais Aki s’en moque, ce sera bien qu’il sache que ce n’est qu’à lui-même qu’il devra s’y prendre. Mais il avait déjà commencé, et s’il était entrain de faire cela, qu’il le fasse jusqu’au bout au moins.

-Et puis même si je dépasse ça, cette situation actuelle, c’est depuis toujours. Je suis un névrosé, et dépressif aussi, le genre de gens vraiment difficile de vivre avec quoi.

Son cœur battait fort, si fort qu’il croyait l’entendre, le voir même bondir hors sa poitrine et s’enfuir loin d’eux. Chose normale, car après tout, chacun avait le droit de chercher la paix, et cette dernière n’était surement pas là où ils étaient. Shinya sentait une goutte de sueur lui dévaler la nuque, il faisait vraiment chaud même avec la fenêtre ouverte, il avait l’impression que le vent qui y entrait ne l’atteignait pas. Comme s’il était loin, de la fenêtre, d’Aki, des conneries qu’il venait de déballer. Loin tout court, quelque part où il n’avait pas vraiment besoin de faire marcher ni son cerveau ni son cœur, quelque part où il vivra machinalement à son goût. Le pays des merveilles.

-Putain, ce que je hais les aveux.

C’était sorti de soi, sans lui demander la permission. Il l’avait pensé puis dit sans penser de le dire, machinalement comme il le souhaitait quelques instants plus tôt.son cerveau avait apparemment aimé ce petit jeu, de dire tout ce qui lui passait par la tête sans prendre la peine de checker, c’était quand même fatiguant, de devoir revoir toutes les choses (j’avais écris cheveux précédemment, je me demande bien pourquoi) qu’il avait à prononcer deux fois, pas trop pratique.

-Et puis y’a autre truc que je déteste aussi…

Il passa sa main sous la chemise d’Aki, la remonta jusqu’à son téton gauche et prit le piercing entre ses doigts

- Ce petit bout de métal, ça te dérange pas du tout ?

Sa main glissa lentement sur le torse musclé du brun. De toute façon, ça faisait un bon bout de temps qu’il avait envie de le lui dire.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Sam 24 Sep - 14:29

Aki vivait une situation paradoxale. Entre son envie de rire à gorge déployée et éclater en sanglots, il restait stoïque. Son corps durci comme du gypse, sa mâchoire crispée, la déchéance était nouvelle pour lui, sa tirade l’avait déstabilisé, son concentré de patte à chien l’avait heurté comme un poing droit sur la figure. Comment est-ce possible, se répétait-il au fur et à mesure que Shinya digressait, montait et descendait des notes mal accordées, les mots qui fusaient comme des boulettes de riz mal modelés, voulant l’atteindre, le salir, ne faisait que se heurter au mur, au sol, car mal visées elles étaient. Voila son impression.

Peut-être qu’ils avaient mal interprété chacun la tirade de l’autre, car celle d’Aki, qui se voulait intime, douce et frêle comme les belles tulipes qu’il voyait chez le fleuriste à coté de sa maison, le monologue du Junkie ressemblait à un salmigondis mal écrit de la part d’un débutant dans une langue qui lui était étrangère, et qui parlait d’un sujet qui lui était indifférent. Car mis à part le fait que Shinya avait l’air de ne pas avoir entendu un traitre mot de ce qui lui avait dit auparavant, ou peu être refusait-il de répondre positivement à sa requête, mais en prime il avait sorti une thèse absconse sur sa condition psycho-pathologique. Il en frémissait.

Il ne trouvait rien à redire. Il n’avait senti aucune chaleur, aucune réciprocité dans leur propos, aucun signe d’attirance dans ses gestes. Grandement déçu, il saisi le bras que Shinya avait glissé sous sa chemise pour faire sortir cette main curieuse et l’attira à lui, rien que par envie. Envie d’être proche, et tant pis si le cœur n’y était pas.

- C’est rien, c’est juste un trip, j’vais l’enlever.

Il cala la tête du Junkie dans la naissance de ses épaules et ferma les yeux. C’était donc par reconnaissance qu’il était bien accueilli parce qu’il faisait brave gars, parce que sa conduite était différente de la population de Land of Decadence. Un sourire désolé se posa sur ses lèvres molles. Il avait envie de répliquer, de lui montrer clairement que même ses gènes étaient différentes de celles des Junkies, son cerveau était plus net, son corps plus sobre et athlétique, sa peau n’était pas parsemée de traces de piqûres mal faites, son sang n’était pas souillé de substances sales et macabres. C’était toute une panoplie de dissemblances.

- Tu n’as pas à te poser des questions sur quoi que se soit. Tout le charme réside dans l’intuition. Tu dois suivre ce que ton corps entier te dicte, et non la partie infime et négligeable qu’est la raison. Je ne connais rien de ton passé, et je vais jouer le jeu. Pour moi tu seras nouveau née. Ce que tu as fait dans ta vie ultérieure ne peut pas gâcher notre relation sinon on risque de se méprendre car tu sais, il y des choses que je ne comprends pas chez vous … enfin que j’ai du mal à saisir, mais je ne veux pas m’y attarder car je ne vais que compliquer les choses. Donc tu as le choix de me raconter ou pas ce qui t’a rendu abîmé comme tu le dis, ou d’enterrer tes souvenirs.

Jouant avec les cheveux de son cadet, il parlait doucement, en alignant les mots et en espérant que son interlocuteur en saisira le sens. La nuit se faisait plus fraîche, il sentait les fourmillements des pieds mais ne voulu bouger de peur de casser l’ambiance. Le temps défilait à une vitesse consistante, il n’entendit aucun sanglot refoulé chez le Junkie sans cœur. Il choisit de pleurer pour eux deux.

Comme ça, il voyait une pendule qui se balançait en heurtant son cœur à chaque coup, chaque instant, aussi minime soit-il dans le cours temporel depuis la nuit des temps, ne passait sans que son cœur ne fasse un boum douloureux dans sa cage thoracique. Il avait mal pour eux, pour lui surtout, ce petit garçon à peine sorti de l’adolescence qui parlait déjà de dépression et de moisissure, il ne savait pas s’il avait choisi les bons mots, si ses sentiments était moins tragiques ou au contraire, mille fois plus sérieux mais il n’en pouvait déjà plus, il pouvait imaginer le cercle vicieux dans lequel il vivait, tordu par le désir malsain et insatiable de la drogue qui tuait toute émotion en lui, allant jusqu’à la prostitution pour se faire des vivres sans plus trouver cela choquant ou rabaissant. Le monde se découvrait par le trou du cul dans ce coin de la terre ou la crasse tatouait son empreinte dans chaque recoin, dans chaque cervelle et chaque derme. Sa rancœur cette fois-ci n’était plus dirigée vers l’être humain, mais bien vers cette poudre blanchâtre qui faisait vibrer des milliers de corps sans auto-défense.

Il n’allait jamais comprendre le junkie, c’était une conviction amère qu’il fallait accepter. Il ne pouvait donc pas exprimer son excès contre le scandale qu’ils vivaient tous. Pleurer n’était pas un remède, ni une cure. C’était juste une parathymie. C’était son mécanisme qui répondait aux aveux de cet être qui ne pouvait s’empêcher d’aimer au fil des jours.
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Shinya

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Mar 1 Nov - 0:48

Il y avait quelque chose qui cloche, Shinya l’avait sentit, il le sentait toujours, et cela n’avait rien d’agréable. Dans le regard qu’Aki lui avait jeté, il avait vu que son ainé n’avait rien saisit, qu’il était complètement à côté de la plaque, que chacun d’eux divaguait sur sa propre planète. Cette fossé qui les séparait s’élargissait de plus en plus pour devenir un immense trou béant, c’était impossible pour eux deux de communiquer, et il en avait marre. Marre du fait qu’aucun d’eux ne saisisse ce que l’autre voulait dire ou insinuer, il en avait marre de quiproquos et aussi, il en avait surtout marre de voir Aki ignorer ce qu’il essayait de lui faire comprendre, marre de le voir s’efforcer à interpréter tout geste de sa part de toutes les manières possibles sauf celle qui est juste.

Ce qu’il avait raconté lui, était sa réponse à la requête de son amant de le connaitre, une réponse à sa question de lui dire ce qu’il pensait vraiment. Mais voilà, soit il avait mal compris la question, soit il avait raison depuis le début de penser qu’ils étaient incompatibles. Incompatibles, voilà le mot. Comme l’eau et le feu, l’un faisant du mal à l’autre, et ils n’y pouvaient rien. Ils avaient beau essayer de se confesser, de se mettre le cœur à nu, il y avait comme un décodeur à mi-chemin qui réformait complètement leurs propos. Sinon, la seule autre explication valable était qu’Aki était incapable de l’accepter, qu’il le prenait avec des pincettes comme un déchet ramassé de la rue. Même quand il essayait d’y aller doucement, son attitude témoignait une forte frustration, celle de se trouver sellé de force à un jeune homme dévasté. La seule chose qu’il ne comprenait pas était qui le forçait justement ? Parce que d’habitude il n’avait pas tendance à être trop aimable en sa compagnie, il se contentait d’être amant se persuadait Shinya à chaque fois.

Cependant, cette fois n’était pas pareille. Enfin, des fois il se disait qu’aucune ne ressemblait à l’autre, que chaque jour il découvrait une nouvelle facette, comme une monnaie à plusieurs faces et non seulement deux. Voilà, le monde ne cessait de le surprendre du jour à l’autre, et plus précisément Aki. Ce qui le tracassait cette fois-ci était ce qu’il lisait dans les yeux d’Aki, dans ses gestes. Prit entre ses deux bras, il avait envie de rétorquer sans même élever la voix un simple « t’es idiot », juste histoire d’éclairer quelques incompréhensions par ci par là :

- La première est qu’Aki n’avait rien comprit de ce qu’il venait de lui raconter

-La deuxième est que lui même ne se plaignait pas mais venait de lui ouvrir son cœur à tord

-La troisième est qu’il détestait qu’on aille pitié de lui

-La quatrième est qu’il est lui-même idiot

-Et enfin la dernière, et la plus importante est qu’il venait de lui faire une pseudo-déclaration mais Aki en avait fermé les yeux comme s’il n’avait carrément rien entendu.

Bien sur, fidèle à son habitude, il ne dit rien, n’ayant ni le courage ni la volonté d’expliquer chaque point, faire passer l’idée à son interlocuteur et argumenter ses attitudes. Simplement, il laissa tomber l’idée comme il avait toujours fait. Peut-être que c’était lui, la cause qui trainait cette relation vers la déchéance, vers sa fin plus exactement. Peut-être que c’était son mutisme infini comme l’avait déclaré Aki tant de fois. Oui, peut-être que c’était vraiment de sa faute. Mais voilà, l’expérience lui avait apprit que la meilleure attitude à aborder dans toute situation nouvelle est de la fermer. Le pire, c’est que ça marchait à merveille, car à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, ça finissait par des problèmes, jusqu’à ce qu’il s’en morde les doigts de regrets. Mais fallait le faire tout de même des fois.

-Je choisis d’enterrer mes souvenirs alors.

Aki avait parlé doucement, il avait les mains dans ses cheveux et le son de sa voix lui a procuré du bien être pour une fois. Comme un nouveau-né avait-il dit. Cette pensa l’amusa qu’il en eu un petit sourire au coin, comme ça, mine de rien, dans le noir. Comme si on pouvait oublier son passé sous une simple requête, car même s’il le deviendra pour Aki, pour lui-même, il ne sera jamais un nouveau-né. Jamais. Pourtant, cette fois-ci, le mot même étant un peu irréaliste, n’avait rien de déplacé et avait fait disparaitre sa colère dans un claquement de doigts.

En lui restaient deux choses à présent, un vaste étendu de détresse qu’il tenta de balayer du revers de la main, et une question.

Une question qu’il ne tarda pas à poser tout en relevant légèrement la tête, essayant de retrouver les yeux d’Aki, là où il avait perçu cette lueur pour la première fois. Une lueur de pitié.

-Dis Aki, sincèrement, n’auras-tu pas simplement eu pitié de moi ? Parce que voilà… c’est ce que tes yeux reflètent parfois…

Shinya s’interrompit, approcha lentement son visage de celui d’Aki dissimulé dans la pénombre et posa ses lèvres sur les siennes.

Un baiser langoureux, vrai, dégagé de toute restriction et sans arrière-pensées.

-Ne mens pas… s’il te plait.
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Aki

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MessageSujet: Re: I don't like it like this ~ [Aki]   Sam 5 Nov - 12:12

Aki resserra son étreinte. Il était bête, bête comme tout, incapable d’éteindre ce flot d’affection, mal à l’aise, mal barré. Tout un melting pot d’émois et de sous entendus étincelait dans les yeux de Shinya. Quand il releva sa tête vers lui, il fut incapable de respirer. Ses mains tremblaient, sa langue s’est noyée au fond de sa gorge, un tournevis s’enfonça dans son estomac et tourna vingt fois. Avait-il mal agi ?

-Je choisis d’enterrer mes souvenirs alors.

Cette voix vacillante, âcre comme celle un apôtre se défendant contre un mal démon.
Et lui surveillait de loin, bras attachés, incapable de tout sauf pleurer, la déchéance de sa moitié. Pourquoi ressentait-il une telle douleur ?

Il ferma les yeux, sachant pertinemment que quoiqu’il face, les aiguilles ne rebrousseront jamais leur chemin, que le les secondes qui passaient enveloppées dans un silence révélateur ne seraient jamais les mêmes que vivait Shinya, pourtant si près de son corps.
Car ils étaient bien loin de l’osmose.

-Dis Aki, sincèrement, n’auras-tu pas simplement eu pitié de moi ? Parce que voilà… c’est ce que tes yeux reflètent parfois…

Toujours cette voix qui faisait l’effet d’un coup de massue. Cette voix trop éteinte, trop fermée, trop fluette. Cette voix qui ne portait que des messages lourds de sens dans ses intonations fades. Aki, perdu dans ce regard vitreux, oublia qu’il devait parler, le rassurer, expliquer par des mots clairs et limpides et non par messages codés ce qui se tramait dans son cœur depuis un temps fou, maintenant qu’il le savait, maintenant qu’il n’avait plus peur, qu’il pouvait se traiter d’imbécile et se boucher les oreilles pour ne pas entendre cette voix qui le traitait d’apostat. Il pourrait le faire
Et il devait le faire.

Mettre fin à ce langage de sourds. Arrêter cette duperie, ce carnage émotionnel, cette bataille perdue d’avance, cette course contre un temps figé, cette inacceptation de soi. Rester, partir, il avait eu le temps, la capacité, et l’espoir suffisants pour décider, il avait choisi la rebuffade, inconscient du piège qui se fermait sur lui, qu’il n’était plus maître de lui-même, mais esclave de son cœur. La lune, seul témoins de ses voyages nocturnes, assistait chaque soir au spectacle pathétique de la domination du désir sur la raison d’Aki, de la transformation de ce simple rebelle en un Dr Jeckyll, un fou, un amant démon.

Il rouvrit les yeux. Son visage si beau toujours à proximité du sien. Il était obnubilé par cette personne, ses facultés cognitives, conscientes de son obsession, s’affolaient, surchauffaient, s’arrachaient les cheveux par touffes, essayaient d’effacer ce nom écrit en sang dans les parois de son cerveau, tachant de brouiller ce visage ancré dans sa mémoire, tant qu’à faire, il était cuit, englouti sous les vagues violentes et carnassières, tiré par le sable mouvant, réduit à son état le plus primitif.

Shinya, comme s’il était conscient du profond désarroi qu’il ressentait, s’empara farouchement de ses lèvres ; Aki plongea dans les limbes. Une lumière floue, embrumée dansait devant lui, tel un nuage mouillé, une carapace aveugle, de l’encre noir coulant de ces yeux fermés qui voulaient dire tant de choses …

Aki s’accrochait à lui, à cet amour qui avait redonné un peu de sens à sa vie, à cette nouvelle raison d’être, à cette source chaleureuse qui lui aspiré corps et âme, comme ça, au détour d’une ruelle. Mais qu’en est-il de lui, de cet être à peine sorti de l’adolescence et déjà habitué à la solitude, à la rudesse, aux projectiles, à la perversité ? Avait-il trouvé en lui cet éclair frivole et pâle, ce nuage qui ramenait l’espoir, espoir de voler vers d’autres horizons (my new target)?

- Qu’est ce que tu racontes … abruti …

La voix d’Aki n’était que bribes balbutiement. Son gosier, noué, refusait de laisser sortir une voix nette, à la place, un murmure troublé arrivait à peine aux oreilles de Shinya. Les idées embrouillées, l’impatience de son cœur le brûlait, il ressemblait à un corrompu fou à l’idée d’avouer son péché. Le vide, il devait sucer cet air vide jusqu’à la dernière goutte, effacer de la nature toute trace de lacunes qui seraient prémices de la dénaturation, il devait tuer cette plaie, la renvoyer à son état néant, qu’elle renaisse sous la forme d’araignée…

- Mes yeux sont fous, ils défigurent ce que je ressens … je ne ressens pas de la pitié envers toi. Je t’aime, va.



Aki restait bras ballants, il avait relâché son emprise possessive sur le corps du Junkie. Le sien, brûlant, devenait mou, se dépouillait de ses forces. On voyait difficilement ses narines aspirer une faible dose d’oxygène.

Continuant son petit numéro, le nuage, de plus en plus petit, de moins en moins net, vagabondait dans la nuit noire où ses yeux s’enfonçaient, aveugles, parlant de mort, cherchant la mort. Avec le temps, les ténèbres effaçaient tout, déchiquetaient avec leur silence et leur opacité toute trace de lumière. Le silence, et il ressentait une déchirure. Quelque chose en lui, venait de mourir.

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I don't like it like this ~ [Aki]
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